BettyJanis : interview d’une créatrice responsable
Vendredi 24 février chez DATTA

2.03.12
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Vendredi dernier, nous assistions au vernissage de l’exposition de BettyJanis à la librairie/galerie DATTA. L’occasion pour nous de bavarder un peu avec la créatrice lyonnaise qui nous parle de Janis Joplin, de Madeleine Vionnet, de Greenwash et de football.

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LMC : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

BettyJanis : À chaque fois que je me présente, j’ai tendance à parler de la formation que j’ai faite, parce que mine de rien, plus ça va et plus j’en parle avec les autres stylistes, je m’apperçois que c’est ce qui a donné le ton à la collection et au concept. J’ai une formation en effet de designer textile, c’est-à-dire qu’à la base j’ai appris tous les choix esthétiques et techniques dans la création d’un tissu et pas du tout la forme, pas du tout le volume, c’était pas du tout la question. J’ai appris à faire des dessins, à les imprimer, à faire du tissage, du tricotage. On va dire que j’ai plus une connaissance du backoffice. Petit à petit, en bossant chez un soyeux lyonnais, parce que j’ai toujours fait des vêtements pour moi en fait, j’ai voulu pousser le concept plus loin, c’est-à-dire faire un vêtement en ayant une vision de la fabrication du début jusqu’à la fin. La plupart des stylistes achètent le tissu mais elles n’ont aucune connaissance de ce qui se fait en amont. J’ai donc bossé 4 ans chez un soyeux lyonnais après ma formation, et ces 4 ans ont été très importants parce que du coup j’ai rencontré pas mal d’acteurs de la région Rhône-Alpes en termes de façonniers, d’imprimeurs, de plisseurs… Je suis donc partie de cette boite-là avec l’idée que je voulais monter ma boîte mais aussi avec un carnet d’adresses assez important. C’est important d’avoir l’aval de ces gens-là.

LMC : Tu peux nous en dire un peu plus sur ta formation ?

BettyJanis : J’ai fais un BTS à Diderot, qui a fusionné maintenant avec la Martinière, donc je suis de Lyon. Un vraie créatrice lyonnaise qui supporte l’OL et tout ce qui s’en suit. (rires)

LMC : Peux-tu nous expliquer la démarche de ton travail ?

BettyJanis : La démarche est complexe et en même temps simple : c’est une envie de créatrice qui vient de ma formation plasticienne à la base, en rajoutant quelques ingrédients et quelques paramètres qui sont une logique d’éco-conception. Pour faire simple, je fais quelque chose, je fais attention au lieu de frabrication, comment c’est fabriqué, l’utilisation de l’eau, les distances de transport. J’essaie de rajouter ces petits ingrédients mais il n’en reste pas moins que c’est une démarche plastique, artistique, avec une envie de faire des couleurs, des matières.

LMC : Et cette démarche éco-responsable, tu la suis dans un but commercial ou tu te sens vraiment concernée ?

C’est la question qu’on me pose souvent : « Mais ça vous vient d’où ? ». J’ai envie de dire que c’est presque une question d’éducation. Moi quand je me lavais les dents, si je laissais l’eau couler, je me faisais engueuler. J’avais pas le droit de faire de bouquets à ma mère parce que ça voulait dire qu’on arrachait des plantes. C’est peut-être une éducation, ou une vision de la vie, de faire attention aux autres, à l’environnement dans lequel on vit. Cela dit je fais très attention au côté com/marketing ou commercial comme tu dis, parce j’essaie d’éviter au maximum le greenwashing. Avoir un vêtement 100% bio et 100% éco c’est très difficile. Je sais que j’essaie d’être au maximum transparente, c’est-à-dire que sur mes étiquettes j’ai un «Made in France » mais au final j’ai un tissu qui vient du Japon, donc qu’est-ce que le « Made in France ? » et tout ça c’est expliqué. J’essaie de donner au maximum des informations au consommateur pour qu’il soit lui juge, et pas simplement moi qui dit « Je fais du bio ». C’est ce qui va le responsabiliser quelque part.

LMC : Il y a une histoire de carré que je n’ai pas forcément saisi ?

BettyJanis : C’est un symbole qui est vraiment fort pour moi (elle nous montre son tatouage fait à berlin il y a peu en forme de carré vide sur sa nuque). La plupart des vêtements que j’utilise au final utilisent toute la laize. Ça revient souvent à des panneaux, et le carré revient régulièrement. Mais c’est aussi parce que c’est une forme géométrique de base, d’ailleurs le logo de BettyJanis est un carré, c’est une espèce de code.

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LMC : Pourquoi pas le triangle qui est bien à la mode en ce moment ?

BettyJanis : Et bien dans le carré, tu peux faire plusieurs triangles, après tout simplement parce que ça me parle moins, je sais pas ! (rires)

LMC : Aux niveaux de tes influences, tu as des coûturiers qui t’ont influencé ? Des jeunes créateurs ?

BettyJanis : S’il y avait deux noms à sortir ce serait Madeleine Vionnet et Janis Joplin. En même temps, ça paraît assez paradoxal, mais c’est deux femmes qui ont su s’imposer à leur époque.

Janis Joplin, elle a osé porter des pantalons dans son College du Texas, elle s’est fait cracher dessus, mais elle a osé, elle est allée au bout de son projet de faire le style de musique qu’elle aimait. Madeleine Vionnet, elle a fait le vêtement qu’elle voulait à son époque, elle a dit merde au corset.

Après, en terme de coupe, Madeleine Vionnet parce qu’elle avait déjà une conscience du vêtement moderne, elle bossait le carré, le biais, elle faisait faire ses tissus exprès pour ses vêtements, et il y a aussi un aspect de sa démarche que j’ai toujours trouvé intéressant c’est qu’elle favorisait les conditions de travail de ses ouvrières ce qui était déjà moderne pour l’époque.

LMC : Qu’est-ce que qui est le plus important pour toi, le conception, la manière de fabriquer, ou le résultat final ?

C’est les deux, dans ma démarche c’est intrinsèquement lié. Je suis incapable de concevoir quelque chose sans penser à la manière dont il sera fait.

LMC : Ce qui implique que tu n’achètes pas si ce n’est pas éco-responsable ?

BettyJanis : C’est vrai qu’il y a une réalité économique. Si vraiment aujourd’hui je pouvais m’acheter tout ce que je pouvais, je le ferais, j’essaierais d’être plus drastique. Mais malheureusement il y a beaucoup de gens qui se retrouvent prisonniers, on fait culpabiliser les gens mais on a pas tous les moyens. Même mes propres vêtements, je sais qu’il y a beaucoup de clients qui ont attendu des mois avant d’acheter une pièce parce que c’était pas forcément initialement dans leurs besoins. Et en même temps, ça me fait plaisir parce que je sais qu’elles ont fait des sacrifices pour ça. Il n’y a pas longtemps, une journaliste m’a demandé : « Quel est votre client type ? ». On aurait envie de dire la « bobo » et en fait au final c’est hyper vaste. Du moment où elles ont été touché. Des fois, elles m’envoient un mail plusieurs mois à l’avance car elles savent qu’elles vont avoir leur anniversaire, et elles attendent et économisent. Et pour le coup c’est plus le côté esthétique que le côté éco-conception qui va passer pour ce genre de clientes.

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LMC : Ton activité commerciale (dans le sens vendre tes fringues) remonte à combien de temps ?

BettyJanis : La première collection est sortie en 2010. Il y a eu 1 an en amont de préparation. Et c’est présenté depuis 2010 au public, soit directement sur Lyon, soit via des boutiques multimarques dans le reste de la France.

LMC : La démarche de venir faire une exposition chez DATTA, c’est pour montrer que justement la démarche dans ta conception est quelque chose qui importe beaucoup pour toi ?

BettyJanis : C’était presque pour positionner l’image, c’est-à-dire que je me suis apperçu qu’il y a beaucoup de gens qui avaient du mal à comprendre du fait qu’il y aient beaucoup de paramètres dans la démarche, s’il y en a un qui résume, c’est la démarche artistique. C’est pour ça que c’était intéressant d’exposer chez DATTA, et en même temps par rapport au lieu je veux montrer qu’au delà de l’objet mode il y a une démarche de plasticienne avec une vraie place dans la Culture. Ce n’est pas une mode futile. Je m’aperçois également face à ma clientèle que les femmes qui vont acheter du BettyJanis sont souvent intéressés par le Japonisme, par les années 20, à la photo. J’en ai beaucoup qui me disent « Ah moi aussi je fais de la photo ! ». Donc voilà, il y a cette notion de culture qui est hyper importante dans l’identité de BettyJanis.

LMC : D’autres centres d’intérets d’un point de vue culturel, à part la mode ?

BettyJanis : La musique a une grosse influence dans ma vie parce que du coup il y a Janis Joplin qui est là tout le temps, c’est un peu mon point d’orgue. Tu peux rajouter Deep Purple. Après c’est vrai que je suis très années 70 en termes de musique, après il y a toute la base reggae. Mais c’est ça, c’est que c’est paradoxal avec Betty qui fait du foot qui écoute du Reggae, et puis en même temps tu as BettyJanis très poétique, très japonisante. Donc souvent quand on me demande mes influences, je ne sais pas si je dois les dire car ça ne correspond pas à l’image qu’il y a dans la boutique. C’est pour ça qu’une femme comme Janis Joplin est aussi importante pour moi parce que c’était une rockeuse qui se défonçait la gueule au whisky mais en même temps elle faisait attention à avoir ses petits talons en concert.

Au niveau de la photo, il est vrai que ça fait tellement longtemps que je suis sur le projet BettyJanis que j’ai un peu perdu le fil. C’est pour ça que les petits allez-retour à la galerie DATTA me vont bien parce que c’est là que je viens me ressourcer et capter des inspirations. Effectivement, je me sens un peu bête quand on me demande ça parce qu’en ce moment à part le boulot, je ne fais pas grand chose d’autres !

LMC : Pour terminer, où peut-on acheter du Betty Janis aujourd’hui ?

BettyJanis : Sur Lyon pour l’instant que en ventre privée. Sur la page boutique de mon site Internet, tu laisses tes coordonnées et je donne le lieu et la date en moment voulu.

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www.bettyjanis.fr