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Perspectives, exposition collective de Matt Coco, Dania Reymond et Joël Ducorroy, du 8 mars au 14 avril 2012 à la galerie Artaé

Art Expositions — 13-03-2012

Dans une galerie toute blanche, de la dentelle en papier, des faux cailloux, le Louvre en ruine, de la signalisation détournée : on dirait que trois artistes se sont donné le mot pour que nos petits yeux, têtes, oreilles, souvenirs, se disent que quelque chose cloche. Que la première impression n’est pas la bonne. Qu’il y a toujours une autre perspective, en somme. D’où le « s », ce petit malin.

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La galerie Artaé est une jeune galerie d’art contemporain, à deux pas du quai Augagneur, qui vient de souffler ses deux bougies, ce qui pourrait presque déjà en faire une adolescente. Je traduirais bien la durée de vie des galeries d’art en âge de chat, mais ça ne se fait pas. Mais quand même, elle a envie d’indépendance (elle n’est pas dans les pentes comme ses copines, cette petite rebelle), elle est sensible, mais pas de mièvrerie (des choix artistiques affirmés, mais qui semblent laisser une large place aux coups de coeur), et elle se laisse, ma foi, pas mal de libertés (elle ne s’acoquine pas avec un médium en particulier). Ceci étant, c’est une élève sérieuse.

Joël Ducorroy est un habitué de la galerie, et Marlène Girardin, la directrice d’Artaé, a publié une monographie du plaqueticien. Oui, plaqueticien, ça ressemble à plaquiste, mais en plus artistique. Ce qu’on voit, c’est des plaques minéralogiques qui n’en sont pas, qui annoncent, présentent, ce qu’on annonce et ne présente pas, normalement, à l’aide de mots, et d’un peu d’humour, qui semblent être ses deux outils de travail principaux. Donc, un « tableau de salle à manger » où il n’y a rien de peint, mais juste écrit… ça. Ce qui, d’une part, rend l’objet de départ, la plaque, un objet du quotidien, intéressant, au delà de l’utile de sa fonction classique, mais aussi, l’objet écrit, en fait absent, plus intriguant. Les choses semblent revêtir, par cette opération assez simple, un autre dessein, une autre perspective. Vous suivez ? Ca se tient. Y aurait-il un peu de Andy chez Joël ?

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Matt Coco est en fait une fille, on est donc floué dès le début, et ça continue dans ses oeuvres pour notre plus grand plaisir . Elle nous montre des choses très poétiques, très inspirées, qui semblent vouloir dire autre chose en transparence. De la délicatesse en papier, c’est dire. Ici, un long bandeau de papier, une sorte de lé de papier blanc, comme si un organiste de barbarie un peu japonais et un peu fêlé avait laissé trainé son papier troué trop grand. Quelle musique jouait-il ? Mystère. Là, des esquisses crayonnées, coloriées, un peu évanescentes, à la fois minérales et organiques, qui ressemblent à des étapes de maquettes (architecte, designer, naturaliste ?). On dirait des collages, mais rien n’est collé, on dirait qu’il y a quelque chose qui est là, mais ce n’est pas visible, pas dessiné . On s’interroge sur ce qui manque, comme dans son installation de faux cailloux-fossiles, enfermés dans des petites boites en verre ; ici, ce serait plutôt le travail abandonné et inachevé d’un archéologue très très méticuleux, mais qui a un peu rêvé et qui en a oublié ses étiquettes. Qu’y a-t-il entre les petites boites qui sont en fait peut être en plastique, de l’air, des souvenirs ? Tout est incertain, tout est suggéré, tout semble fragile, c’est le temps, et son effet sur la matière, ici, qui sont mis en perspective. Et puis, c’est un peu comme si c’était le forum des métiers, mais où tous les artisans se seraient évaporés. Malin, et vraiment très joli.

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Enfin, des vidéos troublantes, de Dania Reymond, et le temps perturbé, encore, avec une avancée interminable dans la galerie du Louvre en ruine, envahie par la végétation, d’après un tableau de Hubert Robert, peintre du XVIIIème, surnommé à juste titre « Hubert des ruines ». L’institution de la culture française par excellence, mais comme faisant partie du passé, et dans lequel la nature aurait repris tous ses droits : une perspective (encore) chronologique déphasée, le rapport nature-culture interrogé . C’est étonnant, car cela joue sur des lieux communs culturels classiques et beaucoup plus contemporains ; celui du lieu, extrêmement fameux, des paysagistes inspirés par le voyage en Italie obligatoire des artistes au XVIIIème siècle, mais aussi du cinéma anticipation. Et puis, un semblant d’électro-cardiogramme, où le son des battements du coeur serait remplacé par des paroles un peu prophétiques tirées de Pasolini ; là encore, un autre dessein que ceux de départ, successivement médical et cinématographique. Une autre perspective, que l’on peut interroger à l’infini, comme ce travelling sans fin, ou ce tracé de l’activité electrique du coeur d’on ne sait qui. Cette galerie et ces trois artistes ne nous prennent pas pour des idiots, et c’est bien.

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Texte et photographies : Coralie Vienot
www.artae.fr

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(4) Commentaires

  1. Petite erreur, Marlène Giradin est la Directrice de la Galerie Artaé, et non Martin.

  2. Faute partagée, une erreur de frappe : Marlène Girardin. :)

  3. Bonjour Amandine, l’erreur a été corrigée. Merci pour votre relecture !

  4. Cest un très beau texte. Bravo Corlaie ! Comme à chaque fois les mots que tu utilises nous donnent envie de tout partager avec toi ! Même cette expo qui ma foie, à première ne semble pas si facile d’accès. Merci pour ton interprétation !!

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