J’ai toujours rêvé d’être un gangster
« M for Michoacàn », exposition du photographe / documentaliste Carlos Alvares Montero, chez DATTA jusqu’au 20 octobre 2012

12.09.12
expo datta - 4

Les vacances sont finies, la ville reprend peu à peu son pouls après avoir été quasiment amorphe au mois d’août, les activités culturelles reprennent à leur tour, le rythme s’accélère peu à peu. Pour fêter sa rentrée, la galerie DATTA décide donc de mettre les petits plats dans les grands en invitant Carlos Alvarez Montero, figure importante de la vie culturelle mexicaine, qu’elle soit à la portée de tous ou plus underground, le documentaliste et photographe est partout, tout le temps.

Fruit du hasard, la série de photographie « M for Michoacàn » ne devait être au départ qu’une commande pour un magazine, un sujet traitant des gangsters mexicains. L’éditeur ayant fermé ses portes, Carlos Alvarez Montero continua sa tâche trois années durant, aboutissant, outre d’une belle série, d’un documentaire sur la région du Michoacàn.

« M for Michoacàn » n’est pas à proprement parler qu’un reportage photo traitant des gangs au Mexique, mais plutôt un témoignage sur la migration dans tout les sens du terme, ceux qui partent, et plus particulièrement ceux qui reviennent. La série nous montre comment, à travers le prisme d’un rêve américain échoué par ses habitants, une ville entière (ici Jacona) peut se transformer et se parer de nouveaux goûts, de nouvelles modes amassées de ça de là, stigmates de leurs rendez-vous manqués avec les États-Unis.

La série nous montre en effet comment les « Cholos » (personnes d’origines mexicaines ayant appartenu à des gangs aux États-Unis) portent les codes et symboles d’un passé trouble, vécu par choix ou par circonstances, ajouté à l’influence de la culture d’un pays déteignant sur des quartiers tout entier.

Que ce soit dans les décors, l’habillement, le langage du corps ou les tatouages, tout ici permet de nous signifier une identité construite au fil des voyages et réintégrée dans leur propre milieux, afin de pouvoir être adopté par les générations à venir.

De ces 3 ans, outre ces photos, Carlos Alvarez Montero accoucha aussi d’un documentaire du même nom, suivant en grande partie la légende de toute une ville nommée Jimmy « El Pinto » Lopes (Membre du Gang San Pas 13, agé de 43 ans au moment de la série, il est en chaise roulante depuis l’age de 16 suite à une fusillade), mettant ainsi des mots sur les images, témoignant de deux cultures distinctes qui un jour se sont télescopées pour, au final, ne faire qu’une seule et même entité.



Texte : Clément Cohé
Photographies : Marion Nigoghosian