La mélodie du vide
Visite de l'exposition "Cage's Satie". À voir au MAC Lyon, jusqu'au 30 décembre 2012.

26.10.12
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Après une exposition qui a attiré les foules (Robert Combas), le Musée d'Art Contemporain de Lyon attaque la rentrée avec une proposition bien plus ardue. Sur deux de ses trois étages se déploie une exposition consacrée à l’artiste américain John Cage et à ses relations artistiques avec le compositeur français Erik Satie.

Un peu d’histoire pour commencer. Né en 1912 en Californie, John Cage est un artiste complet. Élève de Schönberg, il a révolutionné les conceptions traditionelles de la musique occidentale ainsi que la fonction de compositeur. Il a été l’une des personnalités les plus marquantes du mouvement artistique Fluxus et a donc eu une influence considérable sur l’art du milieu du XX° siècle.

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Il a été le premier à considérer Erik Satie comme un pionnier. Le compositeur français, mort en 1925, a longtemps été une figure du Montmartre qui fait aujourd’hui rêver les touristes. Côtoyant Picasso ou Debussy et fréquentant le cabaret du « Chat Noir », il a connu une vie haute en couleurs, ce qui collait assez bien avec le personnage. Satie a appartenu a une secte, en est parti puis a créé la sienne où il était gourou et seul membre. Il envoyait des lettres pour excommunier des personnes qui n’avaient même jamais entendu parlé de cette « Eglise métropolitaine d’art de Jésus conducteur ».

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Pour revenir dans un registre plus artistique, Erik Satie a surtout désacralisé la musique et l’a utilisé comme médium de création artistique. Il a notamment créé le concept de musique d’ameublement (comprendre d’ambiance). Tout au long de sa carrière il a composé des oeuvres variées, expressives comme austères, toujours en privilégiant la recherche des limites de la musique.

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En tant que musicien contemporain et artiste total, John Cage a été plus qu’influencé par le compositeur français dont il collectionnait les oeuvres, photos et objets. Cette collection est d’ailleurs une des sales les plus intéressantes de l’exposition. On y découvre la passion d’un artiste pour un autre et l’on comprend ainsi leurs liens intellectuels. Cage a rencontré nombre d’artistes majeurs comme Piet Mondrian, André Breton ou Marcel Duchamp, mais c’est avec le chorégraphe Merce Cunningham qu’il travaillera le plus. En 1944, Cage arrange « Socrate », composition d’Erik Statie pour une mise en scène de Cunningham.

Sa performance la plus remarquable concernant de l’oeuvre de Satie a consisté en l’interprétation de «Vexation » joué au Pocket Theatre de New-York, pendant plus de 18 heures d’affilées. Cette oeuvre se compose d’un motif unique répété 840 fois. Eh oui, l’oeuvre de John Cage est globalement très pointue, elle ne se laisse pas appréhender au premier coup d’oreille.

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Pour la visite de l’exposition j’ai eu la chance d’avoir à mes côtés Fanny et Slim, médiatrice au MAC et musicien de leurs états. Je dois dire qu’en prenant notre temps et en écoutant les conseils de nos deux spécialistes, mes compagnons d’exposition et moi-même avons pu apprécier le travail du compositeur américain.

L’exposition se décompose en plusieurs salles, et si on ôte celle qui fait état de la collection des pièces de Satie par John Cage, je dois bien avouer qu’elles ne m’ont pas apporté plus que ça. Malheureusement pour le musée, l’oeuvre de Cage est plus musicale que plastique, plus performative que pérenne. Si on comprend la nécessité et les dimensions scientifiques et artistiques d’une exposition consacrée à John Cage, il faut admettre que son application pratique est difficile à concevoir.

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Le MAC Lyon m’a parfois donné l’impression de meubler ses salles. On ne trouve que peu d’originaux mais surtout des agrandissements de partition. Et si les explications de Slim en matière d’épuration de la partition par l’artiste ont révélé la grande créativité et l’intelligence de John Cage, les nombreuses partitions qui recouvrent les murs de l’exposition ne sont pas toutes nécessaires et chargent inutilement les espaces.

Il y a beaucoup d’interprétation et de mise en scène autour des idées du compositeur, des réminiscences de performances ou encore ces immenses agrandissements de minuscules gravures situées sur une des oeuvres majeures de l’artiste : une série de boîtes au verre brisé (en référence à Marcel Duchamp) contenant des «cadeaux» à l’attention de Satie. Un cabinet de curiosité aurait été plus approprié à la découverte de l’objet qui s’estompe presque dans cette salle trop grande.

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La commissaire d’exposition Laura Kuhn a apparemment tenu a ce que l’exposition occupe beaucoup d’espace, c’est un des reproches que je ferais à cette proposition du musée qui, solidement appuyée par Goerges Brecht et La Monte Young se pose comme une expérience notable dans la découverte de l’oeuvre de John Cage.

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Pour être complet sur ce que vous verrez au MAC, on note la double présence des dômes de Richard Buckminster Fuller, accompagnés de quelques dessins déjà montrés lors de la biennale à la Fondation Bullukian. La Monte Young et Marian Zazeela occupent le troisième étage avec une installation lumineuse et sonore qui vous plongera dans une ambiance qui saura frôler avec la transe. Quant à Goerges Brecht, il s’est installé dans le hall de musée, ce qui ne lui aurait sans doute pas déplu. Vous profiterez ainsi de ses « Events » et pourrez devenir oeuvre l’espace d’un instant.

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« Cages’s Satie » jusqu’au 30 décembre 2012
MAC Lyon, Cité internationale
Du mercredi au dimanche de 11h à 18h
http://www.mac-lyon.com/mac