Le Mauvais Coton » Interviews http://www.lemauvaiscoton.fr Music, Art, Cinema, and Event reports Mon, 01 Sep 2014 21:30:09 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.9.2 Ljubisa Danilovic, photographe de l’inconscienthttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/ljubisa-danilovic-photographe-de-linconscient/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/ljubisa-danilovic-photographe-de-linconscient/#comments Wed, 12 Mar 2014 12:09:50 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=26461 398295_511231062244946_439432560_n

Aujourd’hui dans sa quarantième année il achève son dernier projet, « Le désert russe ». Un documentaire-fiction, initialement motivé par une démarche de reporter et devenu au fil des voyages une introspection, une réflexion sur son propre vécu.Le prétexte de départ ? Réaliser un reportage sur l’inquiétante situation démographique de la Russie, en traversant le pays grâce à ses  différentes lignes ferroviaires. Il nous dépeint ainsi un territoire de plus de dix-sept millions de km² pour une densité d’à peine 8,3 habitants par km², « un monstre géographique qui semble être prêt à vous dévorer à tout instant », « une région du bout du monde peuplée d’animaux étranges, de paysages vides où l’homme n’est souvent qu’une apparition fantomatique. », comme l’affirme le photographe. Entre une enfance marquée par la solitude et l’exil, un passé de reporter, et une indéniable acuité à révéler les méandres de notre imaginaire, Ljubisa Danilovic, photographe de l’inconscient, nous a laissé entrevoir pour un instant, un instant seulement, son parcours et sa personnalité à la fois complexe et sincère.

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Peux-tu nous parler de ton parcours en quelques mots ? Pourquoi la photographie ?  Comment es-tu devenu le photographe que l’on connait aujourd’hui ?  

C’était avant tout un truc de gamin, un oncle m’a offert un vieil appareil dont il ne se servait plus et je l’utilisais comme « télétransporteur ».  Plus tard, je me souviens d’un moment où en lisant un magazine je me suis dit que devenir photographe devait être intéressant, que je désirais « dire des choses. ». Il a y eu quelques divergences, au niveau de la pression familiale, sociétale. Mon père souhaitait que je sois policier. Mais la nécessité  de dire des choses l’a emporté. Je dis souvent que j’ai deux métiers. Je suis photographe et photographe. Il y a un photographe qui gagne sa vie comme il peut en enchainant les projets, peu importe lesquels, dans un contexte plus que morose et extrêmement concurrentiel et puis il y a un autre photographe qui a besoin de parler, de transmettre des messages, de raconter. Pour cette dernière partie de mon travail c’est un processus très modeste et lent.

Les deux se rejoignent parfois, enfin j’essaye. Je ne viens pas d’une famille aisée, ce qui m’oblige à avancer relativement doucement. Les projets sont très longs à mettre en œuvre, pas autant que dans le cinéma. Mais il y a beaucoup moins d’aides. Je commence moi, à quarante ans, à décrocher des bourses. C’est dommageable pour les jeunes générations et pour le métier. Je ne suis pas un jeune photographe, je suis père de deux enfants, j’ai quarante ans et pourtant je suis considéré comme un jeune photographe. Peut-être qu’à quatre-vingt-dix ans je serai « un maitre », mais je trouve que c’est un peu dommage.

Pour en revenir à ta question, je suis devenu photographe en acceptant un jour que je voulais faire ça.  Un premier job de photographe s’est présenté à moi, pour une association qui s’occupait de la communication d’une ville – Asnières sur Seine. J’avais conscience que là j’aborderais la photographie de reportage sous différents angles, la vie politique, le sport, différentes choses. Je suis resté dans ce cadre pendant quelques temps, ce qui m’a permis d’acquérir un vrai bagage technique  et puis en même temps j’ai su ce que je ne serai jamais. J’ai compris, par exemple, que je ne serai pas photographe de sport. Sur les photos de foot, le ballon n’était jamais présent. A chaque fois que je le voyais, je déclenchais et il n’y était plus. (Il rigole) – Cette expérience a été très polyvalente, je touchais un peu à tout. C’est un vrai atout techniquement parlant, dans la mesure où aujourd’hui je suis capable de répondre à des demandes très variées. J’ai eu une formation au photojournalisme en 1999 et puis plus tard j’ai rencontré Patrick Chauvel, le grand photographe de guerre, j’ai beaucoup appris avec lui. Parallèlement je me suis peu à peu tourné vers ce travail d’auteur, avec des photographies plus personnelles.

 

En tant qu’auteur, il y a eu « Avoir 20 ans à Belgrade », ta première série publiée en 2003, puis « Le désert russe » en 2013 ; peux-tu nous parler de ce dernier projet, dont nous parlions en introduction ? 

Le désert russe n’existe pas encore en termes de publication. J’estime que c’est un travail qui a été extrêmement éprouvant, autant physiquement que mentalement ou émotionnellement. Aujourd’hui je souhaite qu’il soit publié, il correspond à une période de ma vie qui n’a pas été très amusante et j’aimerais beaucoup que cela devienne un livre, afin de d’achever ce voyage en moi-même qu’il a représenté. Pour la publication ça n’est pas simple – Le travail est en noir et blanc, il est très personnel – Mais j’ai trouvé un éditeur fabuleux – Le Bec en l’air – qui souhaite le publier, le tout étant de trouver les fonds maintenant.

Pour le projet, au départ j’ai trouvé un prétexte – la très faible et décroissante démographie du territoire russe comparée à son immensité -  je suis partis une première fois pour un mois et demi. En revenant je me suis rendu compte, en méditant, en regardant les photographies, que d’une certaine façon ces images prises d’une manière non préméditée, impulsive, m’ont révélé certaines réponses ou questions sur les raisons de mon voyage là-bas. Pourquoi y avais-je été ? Pourquoi mettais-je imposé ce genre de choses ? Je me suis aperçu que je quittais le champ lexical du reportage, l’ensemble de mes clichés n’avait plus grands choses à voir avec les russes. D’une certaine façon c’était malhonnête de dire que je parlais des russes, de la Russie, parce que ça n’était pas vraiment cela. Je n’ai pas traversé la Russie. Je l’ai éprouvé physiquement, j’ai éprouvé la rudesse du climat, je m’y suis confronté. Mais je n’ai pas parlé à un seul russe, je n’ai pas rencontré de russes. Enfaite je n’étais pas en reportage. Ce pays est terriblement rude. Il  y fait atrocement froid et la seule chose qui vaille la peine en Russie, ce sont les russes ; des gens que je trouve fascinants et  que paradoxalement je n’ai pas rencontré. Pourquoi ? Parce que je n’étais pas là pour ça. Aujourd’hui je me dis, je sens, que les russes sont les russes à cause de leur territoire, tu as l’impression à chaque instant que tu vas te faire dévorer par la géographie même de la Russie ! J’ai donc très vite réalisé que ça n’avait pas grands choses à voir avec la Russie, avec les russes, avec cette histoire de population.

Cette série c’est une sorte de trompe l’œil, parce que je ne veux pas être dans le récit de quelque chose qui est arrivé à tout le monde – faire le deuil de quelqu’un de cher – mais je sais qu’il y a de ça, alors je tente de le mettre seulement en filigranes.

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Chacun des trois voyages a duré près d’un mois, un mois et demi, et pourtant la série ne compte qu’une soixantaine de photographies, pourquoi ? 

Je suis très réducteur dans mon image. Le travail n’est pas colossal en quantité. « Le désert russe » a été un projet qui s’est fait sur près de dix années. J’ai effectué trois voyages qui ont été dures et ils ont participé à ma maturation.

Une fois en Russie, j’achetais un billet de train, sachant que je restais pour six semaines, et puis je montais dans tel ou tel wagon. Je descendais au bout de six ou huit heures, et puis je faisais des digressions au nord. Je dormais dans le train pour des raisons économiques. Il est possible de rester dans le train du matin au soir mais très franchement soixante-douze heures de forêts de bouleaux qui défilent, tu as envie de te flinguer ! Les trains sont plus ou moins luxueux et regroupent des catégories sociales plus ou moins différentes.

Pour en revenir à la question, je te dirais que lorsque je ne vois pas je ne fais pas. Le premier voyage j’ai réalisé une soixantaine de films. Ce qui peut être beaucoup pour certains et très peu pour d’autres. C’est mon rythme à moi. C’est un voyage qui m’a pris beaucoup de temps,  non pas au sens temporel du terme mais plutôt du fait qu’il a été la source de biens des émotions. Entre les deux premiers voyages il a fallu comprendre ce que j’avais été faire là-bas.

 

On pourrait donc parler d’une sorte de quête identitaire avec ce projet ? 

Oui complètement, notamment pour mon parcours photographique – Bien que je trouve le terme de « Quête identitaire » un peu galvaudé. – Au retour du premier voyage je me suis aperçu, et cela a été une révélation pour le jeune photographe que j’étais, que la solitude que je recherchais dans les images, que cette espèce de vide était parfois plus fortement ressentie dans des photographies qui n’étaient pas des photographies prises au grand angle. De là est venue une révélation sur le travail de la série. Il s’agissait pour moi d’une nouvelle de conception de la photographie que l’œuvre de Robert Franck est venue compléter avec cette idée de monologue intérieur où le propos n’est pas véritablement ce que l’image montre. Il s’agit plutôt d’un ensemble de photos, qui racontent ce que cet assemblage suggère. Tout cela a donc été une ouverture vers une photographie que je ne soupçonnais pas.

Dans la photographie il y a plusieurs univers selon moi. Il y a un univers cérébral, de la photographie contemporaine artistique avec des constructions très réfléchies, très anticipées et puis à côté de cela une photographie devenue un peu plus amateur qui montre des choses, des évènements et enfin un milieu photographique où l’on fait des portraits pour des portraits, ce qui ne m’intéresse pas. Il y a un intérêt esthétique évident mais ça n’est pas un univers qui m’intéresse.

Je viens de la photographie reportage et lorsqu’il y a un évènement, nous essayons de le traduire, de le percer de la façon non pas la plus fidèle mais plutôt la moins fausse. Il faut restituer quelque chose. Loin de moi l’idée de remettre en cause la subjectivité ou l’objectivité du journaliste mais je n’y crois absolument pas. Les journalistes pourraient aussi accepter de s’emparer de la fiction pour décrire le réel, ce pourrait même être parfois bien plus pertinent.

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Certaines photographies sont très graphiques et d’autres beaucoup moins, peux-tu nous parler du pourquoi de ce mélange ? 

C’est compliqué pour moi. D’un côté j’ai envie de faire des photographies qui soient graphiques, esthétiques et en même temps  je suis horripilé par une image que l’on regarde pour elle-même, qui n’est pas dans une cohérence avec l’ensemble d’une série. Du coup je suis très content lorsque j’introduis dans mon editing des images potentiellement sans grand intérêt, si elles ne sont pas observées en tant que maillon d’un ensemble plus large mais seulement pour elles-mêmes. Introduire ce genre de clichés me plait parce que cela signifie qu’il y a une cohérence ! Il y a une démarche d’ensemble qui montre que j’arrive à dire quelque chose, à montrer que le propos n’est pas seulement dans la photo mais bien dans l’ensemble de la série. Lorsque quelqu’un s’extasie sur une de mes photographies je suis quelque peu embêté. Je me dis que je n’ai pas atteint mon objectif mais il faut aussi que je puisse financer mes autres projets par la vente des tirages, alors je l’accepte. Les gens n’ont pas forcément les moyens d’acheter vingt photos et de les mettre sur leurs murs.

 

Ton travail d’auteur est uniquement au noir et blanc, pourquoi ?

La photographie couleur est intéressante si la couleur prime, en ce sens les coloristes sont intéressants, Saul Leiter a fait des photos splendides avec de la couleur. Dans mon travail l’information de la couleur n’apporte rien. Le noir et blanc est pour moi une sorte d’introspection. Lorsque je prends des clichés de mes enfants ce n’est pas vraiment eux que je photographie. C’est l’enfance que je tente de capter. C’est mon enfance, un peu triste, un peu solitaire. Pour moi la photo en noir et blanc est tellement pauvre en information qu’elle suggère, sans doute mieux que la photographie couleur, que le propos est ailleurs, en dehors de la simple représentation. Quand je vois une photo en noir et blanc j’ai cette impression d’avoir vécu l’instant. J’oserais même parler d’une traduction de ce que mon psychisme a vécu, une traduction plus juste de ce que me semble être la vie mais vécue de l’intérieur. Rilke disait – Tu connais Rilke ? Rainer Maria Rilke, Lettre à un jeune poète, note ça Pierre, il faut que tu le lises. –  « il n’y a de vie ailleurs qu’en nous-même. » et parfois j’ai l’impression que la photographie couleur peut capter la vie mais la vie extérieure, pas cette vie qu’il y a en nous.

 

Quelles ont été tes influences ? 

Je ne crois pas que je suis ou ai été influencé par quelqu’un en particulier. J’ai mis longtemps pour tuer le père psychologiquement, mon rapport à l’influence, à l’autorité, est de facto assez compliqué. Je suis tellement seul lorsque je photographie que je n’ai pas l’impression d’être ou d’avoir été influencé par quelqu’un en particulier. Oui, il y a Robert Franck dont je parlais tout à l’heure mais ce sont des travaux tellement monumentaux qu’ils ont influencé tout le monde. Peut-on dès lors parler d’influence ? Il y a des travaux que j’apprécie beaucoup mais je ne peux pas dire que ce sont des « influences ».

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Maintenant que l’aventure du « Désert Russe » s’achève, je crois que tu es en train de réaliser un nouveau projet, « Georgia », peux-tu nous en dire deux mots ?

Avec «Georgia » il s’agit de quelque chose de très différent. En tant que réalisateur j’ai découvert l’usage de l’iPad et j’y ai véritablement vu une sorte de révolution, la possibilité de créer un livre couplé à l’audiovisuel. Georgia sera donc un livre multimédia.

Pour le projet en lui-même, il s’agira d’une conversation entre deux personnes. Moi-même et mon homonyme, qui a vécu un siècle avant moi et qui est parti en bateau du Monténégro, pour New York. Ce sont donc deux monologues. Le sien, qui raconte ce qu’il est en train de vivre, c’est-à-dire son départ et le mien qui revient un siècle plus tard dans ses pas ; en me questionnant sur ce qu’il a pu vivre, ressentir. C’est un projet qui tourne autour de l’exil. Pourquoi les gens décident-ils  d’aller vivre dans un autre pays ? Sont-ils conscients de ce que cela implique ? Je rencontre et interviewe actuellement des personnes qui ont quitté leurs pays et qui me font la confiance de me confier leurs histoires. Ces interviews filmées feront partie intégrante de l’ouvrage multimédia. Il s’agit d’un vrai travail journalistique qui vient nourrir l’œuvre de fiction. Au fond, je veux souligner par là même le caractère universel des conséquences de la migration.

Quant à la démarche esthétique, la partie d’il y a un siècle sera étayée avec des photographies couleurs faites en autochromes, comme au début des années 1900 et pour ma partie ce sera du noir et blanc, au petit format. Ecrire le projet m’a pris un an et demi. C’est une autre thématique qui m’a fait énormément réfléchir. Entre  « Le Désert Russe » et « Georgia » ce sont vraiment les problématiques qui ont marqué mon enfance : La solitude et l’exil, le fait d’être Etranger.

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http://www.ljubisadanilovic.fr/

Œuvres disponibles à la Galerie de l’Instant, Paris 3ème

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De la rue à l’atelier, et retourhttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/de-la-rue-a-latelier-et-retour-jean-faucheur-being-1-percept-gallery-exposition-lyon/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/de-la-rue-a-latelier-et-retour-jean-faucheur-being-1-percept-gallery-exposition-lyon/#comments Fri, 18 Oct 2013 17:00:56 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=21756 LMC-PerceptFaucheur-11

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Le Mauvais Coton : Alexandre Sadin, le galeriste, vous décrit comme une « figure historique de la peinture urbaine ». Pourtant, l’œuvre qui nous ai donné de voir sur votre site Internet, seule source alors à notre disposition, ne montre rien de tel. Alors, qu’en est-il de cette période street ? Est-ce ainsi que vous vous voyez ?

Jean Faucheur : J’ai commencé à investir la rue dans les années 1980, ce qui m’a amené à côtoyer quelques figures urbaines de l’époque à Paris. Je faisais des peintures en atelier, puis je les collais sur des panneaux publicitaires. Ca a donné différentes directions à mon travail tout en maintenant un équilibre entre une pratique artistique de studio et une de rue. Etrangement, et je dis ça avec ironie, il ne reste rien de cette production. Les rares photographies que je possédais de ces interventions ont disparu, ce qui demeure l’impulsion de mon processus créatif : la disparition. A la fin des années 1980, j’ai quelque peu délaissé l’art urbain pour retourner uniquement en atelier et m’adonner plus amplement à la sculpture et la peinture, à une dimension plus classique. Et ce n’est qu’à partir des années 2000 que j’y suis revenu mais par le biais d’autres artistes, en réactivant la passion de l’art urbain à travers des collectifs. Mon objectif était de dé diaboliser ce courant là, à une époque où c’était compliqué : les artistes passaient plus de temps en garde à vue qu’en galerie. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas. Il me semble qu’être attentif à ce qui se fait aujourd’hui dans la rue, c’est regarder ce qu’il y aura demain dans les musées. L’espace public offre un renouvellement incessant de formes, et je ne sais pas si je suis la dite figure décrite, mais je pense que mon travail est marqué par ce que j’ai pu faire à mes débuts.

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LMC : Vous avez un travail éclectique, et quand on regarde votre parcours on se demande quel est le lien entre un portrait photographique, une sculpture animale et une montagne peinte « grossièrement » ?

JF : C’est exactement la même chose. Le sujet ne fait pas, je dirais même le sujet n’est pas le sujet. Quand on voit une peinture de Rothko ou de Picasso, qu’est ce qui est important ? Ce qui est représenté ou ce qui est véhiculé ? Pour moi, il est évident que c’est le sentiment véhiculé. Après, que ça soit fait avec une sculpture ou une peinture, une figuration ou une abstraction, c’est du pareil au même. Souvent on oppose figuration et abstraction, mais dans mon travail cette opposition n’existe pas. Seuls le ressenti du commun et la perception mentale de l’image m’importe.

LMC : Cependant, vous ne pouvez nier qu’il y a plusieurs sujets dans votre œuvre. Quels sont ces différents points d’ancrage ?

JF : Je m’accorde la liberté d’aller où j’ai envie d’aller, tout en conservant tout de même une certaine continuité. Je travaille beaucoup sur la figure humaine, sur le visage, c’est une obsession. Le sujet n’est pas primordial mais c’est une façon de se fixer, c’est un mode d’entrée dans la création. Pour autant, ce n’est pas moi qui décide, c’est la toile qui décide d’aller où elle veut aller. Dans chaque œuvre, il y a une partie que l’artiste ne maitrise pas. Des fois, l’œuvre vous échappe et elle prend un chemin qui lui est propre, et ça c’est très intéressant.

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LMC : Sans toujours savoir quelle direction prend votre œuvre, vous avez pour autant la volonté d’interroger l’image, si bien dans sa dimension visuelle que mentale ?

JF : J’interroge effectivement l’image mais au-delà ça, ce qui m’intéresse c’est que les gens s’intéressent, j’ai envie de les perdre. Dans cette exposition, il y a toujours de l’ambigüité dans l’image : qu’est ce qui est de l’ordre de la photographie, de la peinture ? On doit se rapprocher, s’éloigner afin d’appréhender l’image. C’est un processus naturel qui s’opère chez le spectateur, cette tentative de comprendre comment est créée l’œuvre car souvent il a peur d’être trompé. Mais c’est bien. Je ne perturbe pas le public avec les sujets que je véhicule, mais avec le médium. Ma volonté est que les gens s’arrêtent et ne fassent plus fonctionner leur intellect, qu’ils se détendent pour enfin savoir s’ils apprécient l’image. Mais avant d’en arriver là, il faut leur donner une claque. Personnellement, je n’utilise pas la provocation car ce n’est pas ma façon de faire, j’use des mystères des médiums. Je cherche à faire rentrer l’autre dans un univers. Quand je fais référence à une image, je fais référence au mental.

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LMC : Vous dites chercher à perturber le public, c’est un acte quelque peu violent qui peut conduire à une incompréhension de votre travail ? Cet acte est-il nécessaire ?

JF : Je ne le vois pas comme ça. Quand je prends une image imprimée sur laquelle je peins jusqu’à la faire disparaître, et que vous ne savez plus où est la toile imprimée, à un moment donné votre mental doit s’arrêter pour pouvoir ressentir la relation profonde, ou pas d’ailleurs, que vous pouvez avoir avec l’œuvre. Il arrive que des gens qui me disent « je ne me connecte pas à votre travail ». Fort heureusement car l’art ne peut pas toucher tout le monde. Une œuvre, pour l’apprécier il faut rentrer dedans à un moment donné.

LMC : Pour cette exposition, on ne sait si le public va « rentrer dedans » mais ne prenons le pari que oui, vous avez réalisé une résidence à partir du mois août. L’ensemble des pièces ont été réalisées à ce moment là ?

JF : Seulement deux pièces ont été produites auparavant, en 2004 ou 2006, je ne sais plus la date exacte, mais ça n’a pas d’importance. Pour le reste des œuvres, je suis parti d’images imprimées sur lesquelles j’ai effectué un travail de disparition-apparition avec des tâches à l’aérosol, du tressage, des coulures. L’image est saturée, recouverte. Ces nouvelles pièces sont en réalité des pistes de travail que j’explore et qui seront traitées par la suite à une autre échelle. J’ai un projet de livre, dont le titre traduira ma pensée de l’art Tout doit disparaître.

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LMC : La disparition demeure la genèse de votre travail ?

JF : J’ai effectivement envie que l’image disparaisse. Quand je faisais des choses dans la rue, lorsqu’une de mes affiches était recouverte, cela créait chez moi une sorte de jouissance. Je suis toujours dans l’idée du faire disparaître et du faire apparaître. J’explore cette dimension créative en profondeur, et la disparition est pour moi très jouissive. C’est quand on détruit quelque chose, dans une société qui prône une religion de la conservation, que l’on se rend compte de son existence, c’est pour cela que ça dérange les gens. Tout l’art urbain parle de l’éphémère et ça, au final ça rend les gens heureux parce qu’ils prennent conscience de la disparition. C’est extrêmement productif, on est obligé de passer autre chose.

LMC : Tout converge finalement vers l’image, éphémère même sur châssis, quelle soit empruntée à l’histoire de l’art ou piochée dans le répertoire publicitaire. Il n’y a pas de différenciation pour vous dans l’imagerie ?

JF : La sacralisation de l’œuvre d’art qui est pénible. Je m’intéresse autant à un Delacroix, que je vais recouvrir de peinture, qu’à des affiches déchirées, que je vais parsemer de tâches. Dans cette exposition, la publicité est absente mais elle apparaît à travers le cadre. Mon travail passe aussi par là, je détruis les images pour essayer de trouver quelque chose de commun, un lien entre tous les visuels produits depuis le début de l’imagerie. Entre deux personnes, il y a une relation du commun qui s’établit, et je pense que la peinture ne parle que de ça, du commun dans l’humanité.

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LMC : Aujourd’hui, comment vous sentez vous vis-à-vis de votre art ?

JF : La peinture est un drôle de pari. On puisse dans son égo, on le met sur une toile et on dit aux gens de l’aimer. Il y a un aspect d’un peu névrotique. A une époque c’était compliqué, maintenant j’ai beaucoup de tendresse pour mon travail. Quand je termine une pièce, je m’en détache puis je la regarde et je suis heureux, heureux de l’avoir fait.

Au cours de l’interview, Jean Faucheur déclare « Je fais de l’art depuis que j’ai 20 ans et je me demande comment j’en suis arrivé là. Pour moi c’est un véritable miracle, sincèrement je ne comprends pas tout. ». Nous, on comprend un petit peu pourquoi et la réponse est simple : Jean Faucheur, ton art nous a « claqué ».

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Propos recueillis par Charline Corubolo

« Being #1»
Exposition personnelle de Jean Faucheur
Jusqu’au 25 novembre 2013

Percept Gallery
16, rue de l’Arbre Sec
Lyon 1

http://www.percept-gallery.fr/
https://www.facebook.com/PerceptGallery?fref=ts

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Entretien avec Mathieu Courbier, fondateur du Quarks Festivalhttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/entretien-avec-mathieu-courbier-fondateur-du-quarks-festival/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/entretien-avec-mathieu-courbier-fondateur-du-quarks-festival/#comments Wed, 12 Sep 2012 14:41:11 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=11870

Au détour d’un vernissage dans le premier en fin de semaine dernière j’ai croisé Mathieu Courbier, le responsable du Quarks festival. Il a accepté de nous parler de son projet, et croyez-moi, on a pas eu à le forçer.

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Tu es à l’origine de la première édition du Quarks Festival, est-ce que tu peux nous décrire la manifestation et son concept ?

Le festival est né de la volonté de rassembler à Lyon les acteurs d’une scène émergente de l’art contemporain, artistes comme structures qui par leurs influences, leurs réflexions et leurs créations composent l’Art de demain. Ce sont donc 19 artistes réunis qui exposeront leurs travaux dans 7 lieux différents, s’ajoutent en plus quelques concerts. Le vendredi 7 Septembre a eu lieu une après midi de conférence animée par Pierre Vanni et Kamel Makhloufi suivie du lancement d’un bookshop et d’une présentation de Bunk édition faîte par Samuel Francois à Sunset Résidence.

D’où t’es venue l’idée de te lancer sur un tel projet ?

Une très grande partie des artistes du festival n’ont ou n’avaient jamais exposés à Lyon, alors qu’ils montrent leurs travaux à Paris et à l’étranger, je trouvais dommage ce manque de décentralisation alors que Lyon fait partie des plus grandes villes de France. De plus je pensais important de créer une structure transversale et en marge des grands rendez vous culturels, ce qui est une source d’émulation créative supplémentaire et qui créé un parcours atypique dans la ville. Il y a simplement une place à prendre.

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J’imagine que tu avais déjà un réseau en place ? Les partenaires travaillaient-ils déjà ensemble auparavant ?

Au niveau des structures, les premières personnes que j’ai contacté étaient Datta, Sunset Résidence et 360m3, on se connaît et nos discussions ont permit de faire évoluer le projet une première fois. Ensuite je ne connaissais pas les autres galeristes ou gérants d’espaces d’arts , mais tout s’est fait très simplement et chacun d’entre eux ont participé à faire devenir le festival ce qu’il est, avant tout un espace d’échange. Certains se connaissait forcément mais globalement n’avait jamais eu de liens direct, mais tout en est l’intérêt.

Comment as-tu définis la ligne artistique du projet ?

Les artistes ont été sélectionné par la richesse de leurs travaux, leurs pluridisciplinarités, puisque beaucoup d’entre eux sont également éditeurs, galeristes, curateurs etc.  Ce qui définit un nouveau statut pour les jeunes artistes. De plus leurs influences et leurs parcours sont très diversifiés, ils sont touche-à-tout et très dynamique dans leurs productions. Ce qui nous a amené à ajouter le terme « culture souterraine  » qui définit cet ensemble créateur, terme qui n’est pas directement lié à l’art contemporain mais qui le précise vis-à-vis de la facon de travailler et des médiums utilisés, qui sont très vastes (sculpture, photographie, miniature, sérigraphie, jeu vidéo, édition..). Chaque artiste a montré un vif intérêt pour le projet, nous avons beaucoup échangé et réfléchit ensemble à quasiment chaque projet d’exposition. Ils ont fait preuve d’une grande implication et je les en remercie.

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Cela fait une semaine que le festival est entamé, tu es content des premiers retours ? qu’en disent les gens ?

Depuis l’inauguration c’est déjà presque 1500 personnes qui sont venus découvrir les expositions et il reste encore devant nous à vernir 3 évènements. C’est très encourageant et cela montre le dynamisme que le public lyonnais a devant ce type d’évènement. C’est compliqué de retranscrire ce que pensent les gens, mais l’initiative est, je pense, accueillie avec un certain engouement qui laisse entrevoir encore davantage de possibilités.

Ce qu’on ne doit pas louper cette semaine ?

Il reste 3 expositions à vernir avant la clôture du festival, toutes dans le premier arrondissement et il ne faut louper aucune d’entre elles !

Mercredi 12 Septembre. Dévernissage  » Jeu vidéo vs sérigraphie  » proposé par Elshopo au Cri de l’Encre, 4 rue du Major Martin – 69001 LYON
www.elshopo.com

Jeudi 13 Septembre . Vernissage de l’exposition « Christos Anesti » par Lucas Grisinelli à l’Oeil De Boeuf, 2 rue René Leynaud – 69001 LYON
www.lucasgrisinelli.tumblr.com

Vendredi 14 Septembre. Vernissage de l’exposition  » Contrats à durée Déterminée  » une proposition des post diplômes de L’ENSBA Lyon chez 360m3, 19 rue Burdeau -69001 LYON.
Julien Creuzet, Zenqian Huang, Juliacks, Monica Restrepo et Xavier Stentz
www.360m3.com

On aura droit a « Quarks II » l’année prochaine ?

J’espère, en tout cas c’est clairement ma volonté, mais ce sont les réalités économiques qui en décideront, nous avons eu la chance d’être soutenus cette année, il faudra que l’on puisse l’être aussi l’année prochaine et ça nécessitera un budget supérieur. En tout cas plusieurs événements QUARKS verront le jour en 2013, c’est une quasi certitude.

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Quarks Festival – Art Contemporain et Culture Souterraine
Jusqu’au 15 septembre 2012
http://www.quarks-festival.fr/
Propos recueillis par Jules Roeser

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http://www.lemauvaiscoton.fr/art/entretien-avec-mathieu-courbier-fondateur-du-quarks-festival/feed/ 0
Entretien avec Jérémie Cortial du collectif artistique Elshopohttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/entretien-avec-jeremie-cortial-du-collectif-artistique-el-shopo/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/entretien-avec-jeremie-cortial-du-collectif-artistique-el-shopo/#comments Tue, 11 Sep 2012 12:01:47 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=11749 J’ai rencontré Jérémie lors de mon stage dans le chouette studio de création Kolle Bolle. Ce personnage atypique à la barbe naissante, au short tâché de peinture assortie (ou non) à ses lunettes bicolores, fait partie des fondateurs du collectif d’artistes Elshopo, spécialisés dans la sérigraphie. Bien loin des clichés, Jérémie nous fait découvrir à travers cette interview sa réflexion autour de ce procédé d’impression que beaucoup « d’artistes » se sont appropriés.

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Machine à sérigraphier Elshopo bigoût, rose et phosphorescente

Salut Jérémie, ça va ?
Hey Flo, ça va ?

Pourquoi tu n’étais pas au studio aujourd’hui ?
C’est un sacré bordel !

Peux-tu nous présenter rapidement ce qu’est Elshopo ?
C’est un collectif d’artistes qui travaillent avec la sérigraphie, mais en essayant de pousser plus loin le médium, les outils et l’expérience. En résumé, c’est un projet assez global, assez graphique, super diffusant !

Vous faites partie des premiers à avoir expérimenté le revival de la sérigraphie artisanale, pourquoi avoir choisi ce procédé d’impression ?
Il y a trop de raisons ! C’était à la fois le médium le plus accessible, le plus polyvalent, et celui qui permet une qualité d’impression vraiment incroyable, rendu industriel. En plus, c’était d’autant plus excitant de défricher ce terrain où il y avait peu d’infos, et de le faire partager aux autres.

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T-shirt Elshopo Ice Cream TV, print fluo + phospho

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T-shirt Elshopo Ice Cream TV, print fluo + phospho

Que penses-tu de cet effet de mode que l’on peut constater aujourd’hui autour de cette technique qui n’est pas si jeune que ça ?
Il y a 4-5 ans, les créatifs ont eu grand besoin de revenir toucher du concret et mettre les mains dans l’encre. Et le fait de ressortir cette technique en vogue dans les années 60 à l’ère du numérique lui a apporté un nouveau peps et plein de nouvelles possibilités graphiques et techniques.

Peut-on encore trouver des voies d’expérimentation dans ce domaine ?
Oui, c’est justement ce qu’il faut faire : repousser le médium et trouver des choses à dire avec ! La seule compétition graphique ne mène à rien. C’est un peu le problème des hipsters rigides de la sérigraphie. La moustache a déjà disparue, les traits en travers et les logos en croix sont déjà hyper ringards… Voilà, si il (n’)y a rien derrière alors c’est parfois beau et impressionnant au début, mais très vite ça se ringardise, et on oublie. Faut chercher le véritable spirit de la sérigraphie et ce qu’elle peut apporter !

Quels sont tes projets récents ou actuels ?
Il y a en ce moment l’expo Arcade Paper au Cri de l’Encre, pour laquelle les gens sont invités à dessiner des backgrounds de jeux-vidéos au feutre. Venez tous dessiner là-bas, il y a une ambiance géniale et c’est en plein centre ville (cf. infos au bas de l’article).

J’ai aussi repris goût à la sérigraphie « classique » et travaille sur plein de nouveaux T-shirts bien flashys. Les motifs utilisent des encres fluos et phosphorescentes et sont vraiment très funs. Ça, c’est avec les potes de l’atelier Inkpress (cf. infos au bas de l’article).

Et là, je commence tout juste à réfléchir sur un nouveau projet interactif en collaboration avec Roman de « Sable Vivant ». Ce serait un flipper laser du futur interactif, qui serait généré en fonction de dessins. A suivre!

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Exposition Arcade Paper

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Exposition Arcade Paper

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Exposition Arcade Paper

Ça te plaît de sérigraphier des filles directement sur leur peau ?
Hihi. Il faut être très concentré techniquement et attentif à la texture du matériau cible. Et du coup c’est plutôt après le rush qu’on se rend compte !

Ça part facilement, sans plaisanter ?
Oui, pas de problème, c’est juste de l’acrylique.

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Sérigraphie sur peau

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Sérigraphie sur peau

D’où vient ton rapport avec la culture asiatique ?
Au départ c’est tout simplement à cause de Street Fighters II, Cobra, Docteur Slump, etc. Maintenant, vu que je parle bien la langue et ai plein d’amis illustrateurs et créatifs japonais incroyables, on travaille souvent ensemble et on fait des échanges régulièrement !

Vers quoi souhaites-tu t’orienter dans les années à venir ?
Plus de design objet et interactif, avec une composante graphique et « experience » plus développée.
Mais, pour tout avouer, je ne sais pas trop moi-même ! C’est un peu au jour le jour ! On verra bien.

Si Chienpo était un humain, que serait-il ?
Non, Chienpo est trop pur pour avoir un équivalent humain, mais c’est plutôt un chat qu’un chien en fait.


Elshopo : http://www.elshopo.com
Atelier Anthracite : 10, rue d’Aguesseau. 69007 Lyon – http://www.atelier-anthracite.com
Exposition Arcade Paper au Cri de l’encre : du 29 août au 15 septembre 2012
Vernissage : mercredi 12 septembre 2012. 4, rue Major Martin. 69001 Lyon

Propos recueillis par Florian Ardérighi
Photographies : © Elshopo


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Stickers Elshopo

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Sérigraphie sur crâne

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Japanese retro pop party à l'Atelier Anthracite

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Jérémie sérigraphie Alexandra Rosenfeld

 

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Sérigraphie sur sein

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Sérigraphie Nutella sur crêpe

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Les dessous de la sérigraphie artisanale.

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Rumble 2012 : interview de Likhan’http://www.lemauvaiscoton.fr/musique/rumble-2012-nuit-2-interview-de-likhan/ http://www.lemauvaiscoton.fr/musique/rumble-2012-nuit-2-interview-de-likhan/#comments Sat, 21 Apr 2012 18:59:32 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=9926

LMC : Il n’y a pas beaucoup d’informations à ton sujet sur Internet…

Likhan’ : Oui, alors déjà je ne suis pas très fort pour la comm. C’est quelque chose que je n’ai pas le temps de faire. Elle se fait un peu toute seule mais bon… Cela-dit je fais de la radio et de la production. Je fais du Djing depuis maintenant près de 17 ans. Je fais de la production depuis 2002 / 2003 et j’ai commencé à sortir des disques en 2007.

LMC : Tu es sur le label Seven Recording.

Likhan’ : Oui, un label nantais. Son fondateur Greg G, ici présent (DJ Dice) est mon meilleur pote. A l’époque, on organisait des soirées et on avait même monté un label. Notre « crew » s’appelait L.A. Represent et on a sorti un premier disque ; Old School Jungle. Mais à l’époque c’était pas du tout la mode. On l’a sorti en 2003 / 2004 … Il y avait donc déjà une idée de label, des morceaux et quand les choses ont commencé un peu à se formaliser de ce côté là, l’idée a été de sortir quelque chose.

LMC : Tu penses quoi du fait que la Bass Music se démocratise de plus en plus ? Vu le nombre de personnes présentent ici ce soir, c’est largement plus que l’année dernière…

Likan’ : C’est surtout complètement dingue de faire des line-up comme ils en font. Ils font venir tous les gens intéressants et ce qui est hallucinant c’est qu’à 23h30 il y avait déjà des gens qui dansaient sur de la Bass Music et les gens viennent pour une soirée qui n’est QUE de ce genre. Après Lyon c’est un contexte un peu particulier…

LMC : Parce que toi tu es lyonnais d’ailleurs ?

Likhan’ : Non pas du tout, je suis Nantais. Je reviens de cinq ans à Marseille et je viens de m’installer à Lyon. Donc je voyais la programmation du Rumble de là-bas. Par exemple pour la première édition j’ai eu le fly dans les mains et je n’y croyais même pas. Qu’en France on puisse faire quelque chose comme ça était dingue pour moi. C’était d’ailleurs un peu trop en avance peut-être.

LMC : Oui, il y avait beaucoup moins de gens que cette année.

Likhan’ : Les gens étaient moins éduqués aussi. Depuis, Skrillex remporte des prix, il y en a dans la publicité, enfin partout ! Et tant mieux.

LMC : T’y es allé l’année dernière ?

Likhan’ : Non, je ne pouvais pas mais j’aurais adoré ! Si j’avais pu j’y serais allé.

LMC : Et le fait que tu joues ce soir, tu le sens comment ?

Likhan’ : Ah bah je suis super content. Je remercie vraiment les gens de Totaal Rez qui m’ont accueillis. La ville en général m’accueille vraiment bien et d’un point de vu personnel j’apprécie vraiment ça. C’est hyper bien. J’ai eu une émission de radio. A la base je comptais arrêter, je me disais que je connaissais personne et j’ai eu la chance qu’on me propose un créneau de radio. J’ai joué à des soirées, on m’a invité à des soirées, on me fait confiance c’est bien. Alors qu’en plus, comme ce soir, j’ai servi du son un peu barré.

LMC : Tu as quand même un bon bagage derrière toi, tu es passé par plusieurs styles. Qu’est-ce que tu veux vraiment faire à présent, ce qui t’attire le plus ?

Likhan’ : Le truc c’est que ça marche un peu par lubies, où d’un seul coup il y a un style de musique qui est en train de se créer. C’est l’intérêt de la Bass Music puisque c’est tellement large ! Ce qui m’intéresse c’est ce qui va me permettre de faire avancer le reste, d’avoir toujours un coup d’avance, comme aux échecs. Et il y a beaucoup de gens qui font de la musique en avance. Ce qui est excitant est de voir comment ça va se formaliser et ce que ça peut donner. Parce qu’à force d’essayer des styles de musique qui ont émergé, qui se sont cassé la gueule, d’autres qui ont perduré, il y en a eu vingt mille depuis que… Enfin ça fait pas si longtemps que je suis DJ mais j’en ai vu quand même pas mal et je trouve ça vraiment intéressant. En ce moment je suis dans un style qu’on appelle Footwork, ce qui vient à la base de la « Ghetto Techno » nord-américaine, avec des sons un peu salaces, qui reprennent les sons de Miami. C’est « Check ton booty » quoi, ce qu’on appelle la Booty. Sauf que ça s’est un peu divisé, ça a donné deux mouvements ; la Juke, qui garde ce côté 4/4 super accéleré, super speed avec des filles qui passent leur temps à danser en slip sur de podiums et à côté de ça il y le Footwork, justement. Là c’est de la danse, un peu comme de la breakdance mais plus sur les jambes. C’est assez hallucinant et ça ne se passe qu’en battles, en un contre un, avec un DJ qui mixe derrière, qui est beaucoup dématérialisé, beaucoup moins linéaire. Les caisses claires n’arrivent jamais au bon moment, les patterns (exp?) de drum sont complètement dingues et il y a une énorme basse dessus. Pour l’instant c’est pas mal centré sur Chicago mais j’ai vu que Mike Paradinas, le boss de Planet Mû, sort album sur album de Footwork. Après c’est un peu exigeant pour une grande population. J’ai essayé ce soir d’en jouer mais de manière un peu plus abordable, avec un son plus deep, plus « dubstepisant ». Oui, je vais pas rentrer dans tous les sous-genres ! D’ici deux trois ans ça pourrait devenir quelque chose, on verra le résultat. Le dubstep personne aurait pu parier que ça allait devenir comme ça aujourd’hui. Il y a dix ans c’était impossible de savoir ça.

LMC : Donc ton but est quand même pas mal de vouloir démocratiser les genres.

Likhan’ : Les deux. J’ai toujours essayé d’avoir un rôle éducatif, ce n’est pas pour rien que je fais de la radio depuis 13 ans. On a toujours joué des sons hyper en avance. Par exemple les premières fois qu’on faisait des rewinds (exp?) en soirée, les gens pensaient qu’on ne savait pas mixer. Je me souviens, à Nantes, dans un café un peu hype, les gens venaient voir ce qu’étai la Bass Music, tout ça et je fais un gros rewind sur un morceau de Drum & Bass et les gens me huent. Deux ans après c’est eux qui gueulaient « Rewind ! ». Pendant deux ans tu te fais siffler et ça finit par payer. Ce travail d’éducation on l’a toujours fait. A faire du Garage dans les années 99-2000 en France… Même en En Angleterre c’était exclusif ! Pareil, le son que j’ai joué est encore très intimiste. Donc oui, je suis arrêté sur un style en ce moment parce que c’est un style qui évolue et que j’ai envie de continuer son évolution, en terme de production. Le but en ce moment est de sortir des disques sur des white labels et ensuite faire des collaborations avec des américains, de faire avancer tout ça quoi.

LMC : La radio sur laquelle tu bosses en ce moment, comment elle s’appelle ?

Likhan’ : En ce moment c’est Radio Brume. Et avant c’était Prune Radio à Nantes. Deux ou trois jeudis par mois, je passe des sons pendant une heure pour l’émission Bass Culture qui est elle tous les jeudis de 20h à 23h.

LMC : Tu vois un rapport entre le travail que tu fais sur cette radio et celui que tu fournis en live ou pas ?

Likhan’ : C’est pas le même type d’exigence. La radio il n’y a pas de public en face qui siffle ou non. Du coup on peut se permettre un peu plus de choses… A la limite si la personne zappe, bon…

LMC : Le but est quand même qu’elle reste à l’écoute non ?

Likhan’ : Oui, mais en même temps, je trouve que la radio, et d’autant plus en France , a un sens au niveau des radios libres. Il y a un genre d’exigence, de nouveautés, d’être sans concession.

LMC : Toi tu écoutais la radio pour trouver tes influences ?

Likhan’ : Pas forcément… Mais j’ai toujours adoré les radios pirates anglaises. Je trouve le concept tellement fabuleux ! J’aurais aimé être anglais rien que pour avoir une émission sur une radio pirate. La première fois que mes morceaux ont été joués sur les grosses radio pirates, c’est ce que j’ai trouvé de plus dingue. C’est là où l’underground se fabrique. Les radios libres en France permettent un peu ça. Ce n’est pas du tout la même ambiance mais la liberté est le but principal dans tous les cas.

LMC : T’as un espoir en les radios ou tu penses qu’internet va complètement prendre le dessus ?

Likhan’ : Ben moi je fais les deux. Je passe ma vie sur Soundcloud, j’écoute tout ce qui sort sur Juno et en même temps j’écoute des radios pirates, ou pas … Soundcloud l’intérêt est qu’il y a beaucoup de choses qui sortiront. C’est là où les radios sont intéressantes parce que la plus-part des gars qui jouent mixent des morceaux qui ne sont pas sortis. Ça permet de savoir ce qui sortira dans six mois. A l’époque en Dubstep c’était ça. Une émission de Skream c’était toutes les sorties qui allaient défoncer dans six mois. C’est donc hyper intéressant d’écouter ; ça permet de se tenir au courant. Si non bien sûr que je crois en la radio, si non je n’en ferais pas !

LMC : C’est plutôt par rapport aux gens. Si tu penses qu’ils vont se remettre à écouter la radio.

Likhan’ : J’en sais rien. Je serais un peu désespéré à faire ça en France depuis quelques années si non (rires). En même temps je me souviens d’une époque où j’écoutais les émissions Jungle à Nantes. Il y en avait trois par semaine, sur les trois radio libres de la ville. Sachant que je l’ai fais, je me dis qu’il y en a peut-être d’autre qui le font également. Internet tant mieux. Ça une plus grande diffusion encore pour les radios libres. Elles sont à égalité avec les autres. Avant on était limité par l’émetteur, maintenant le monde entier peut écouter.

LMC : La période dans la-quelle on est doit te redonner espoir alors ! Avec la musique électronique qui revient en force…

Likhan’ : La Bass Music surtout. Et c’est pas faute d’y avoir travaillé. Forcément après, à partir du moment où ça va se démocratiser, ça va forcément se transformer et arriver à des choses un peu bizarres. Après c’est pas grave, il y aura toujours de l’underground. Skrillex sort ses trucs, ben Pinch à côté de ça il va continuer dans l’hyper minimaliste, il en a rien à faire. Il sort son truc et il le vend. Il y aura toujours des gens qui bossent et des gens exigeants. Tant mieux. En Hip-Hop, il y a autant de trucs hyper commerciaux à vomir, autant il y a de l’underground qui déboîte. Du coup les deux existeront. Les gens seront éduqués et les festivals sont remplis.

LMC : Tu ne trouves pas d’ailleurs qu’il y a beaucoup de choix ? Voire trop ? Une certaine sur-consommation.

Likhan’ : Il suffit de voir les techniques de Djing. Elles ont complètement évoluées. Je voyait un DJ un peu connue en Bass Music et je me faisais la remarque que bon, premièrement je vieillissais et que ça correspondait pile à la culture zapping. On peut mélanger pleins de trucs mais c’est drops sur drops. Chaque morceau est laissé une minute, une minute quinze maximum. Genre la montée, le drop, la basse part, au bout de seize mesures c’est déjà remixé, on renvoi un drop et bam bam bam. Moi je trouve ça un peut lassant à écouter, même si ça correspond exactement aux… (il hésite)… jeunes… bon, aux jeunes d’aujourd’hui. Enfin ceux qui ont vingt ans aujourd’hui sont nés avec la culture zapping. Je trouve que les gens qui peuvent prendre le temps de développer les choses font un travail beaucoup plus intéressant. Le public prend moins le temps qu’avant. Ça perd un peu en qualité et en même temps non. (Je me souviens d’avoir mixé aux Riddims Collisions ici à Lyon. J’étais en train de mixer, le morceau arrive vers la fin et je trouve toujours pas de morceau à passer. Parce que oui, je ne prépare pas mes sets, je fais un peu en freestyle, j’aime bien m’adapter au public. Du coup ça s’arrête, je drop le morceau et ça part sur un seul pied, rien de plus. Alors je le cut, je le mets une deuxième fois, puis une troisième de plus en plus vite et je vois les gens qui adorent! D’un mix raté, les gens ont totalement kiffé. Tout ça pour dire qu’ils ne sont pas si exigeants que ça. Donc tant que la musique défonce, c’est pas grave, les gens aiment bien. La plus-part des gens ne capte pas la technique de toute façon. Un gars comme Ltj Bukem, en DnB, c’est un technicien de fou sauf que les gens ne comprennent pas qu’il y a 26 morceaux qui viennent de passer ! C’est magnifique à voir tellement c’est bien fait. Je trouve que la technique pour la technique, même pas dix pour cent des gens vont le capter.

LMC : Avant de toucher au matos électronique, tu as joué d’un instrument ?

Likhan’ : Oui, j’avais un frangin qui avait déjà du matériel, qui était assez doué et qui touchait à tout, du coup j’ai pu le faire aussi. Ce qui fait que quand j’ai eu une guitare je lui ai dis « Tu m’apprends ? » il m’a dit « Tu te démerdes. Tu écoutes, tu reproduits ». J’ai fais pareil avec la basse et la batterie. La basse c’est l’instrument qui m’a le plus motivé. Jouer du Reggae à la basse c’est peut-être trois notes, mais c’est trois notes qui déboîtent tout ! J’ai toujours touché à tout sans vraiment maîtriser quoi que ce soit à part peut-être la basse. Je suis passé à l’ordinateur et à la basse synthétique parce qu’avec le vrai instrument je n’arrivais pas à reproduire les sons que je voulais. J’étais limité, c’est vrai que c’est impossible de faire un wobble avec une basse ordinaire ! Et quand j’ai découvert la Jungle je me suis dis « Bah ouais, c’est des basses comme ça que je veux faire ! »

LMC : Tu penses qu’avant de faire du son « électronique » il faut d’abord connaître les vrais instruments ?

Likhan’ : Non, c’est deux choses différentes. Ce qui compte sont les règles. Je te dirais même qu’être instrumentiste peut enfermer. On a une structure un peu trop carrée, institutionnelle. Il y a l’arpège, les notes, les temps. Après j’en ai jamais fais, je ne sais pas lire une partition…

LMC : Non mais pas forcément le solfège, l’instrument lui-même.

Likhan’ : Jouer dan un groupe c’est quelque chose de particulier par rapport au DJ où on est seul. C’est vraiment deux choses différentes. Ça rapporte forcément à la personne.

LMC : Alors puisqu’on ne va pas parler des tes influences musicales, ce qui serait beaucoup trop long, tes influences extra-musicales ?

Likhan’ : Le Taoïsme m’influence particulièrement. A l’époque où je faisais du Dubstep, j’avais fais une typologie des fréquences de basses en fonction de l’endroit où elles tapaient dans le corps. Parce que 80hz, ça ne frappe pas au même endroit que 200hz. Si on veut toucher à la poitrine ça sera 250hz, si on veut toucher les jambes ça sera 80hz, 60hz. Tout ça jusqu’à des basses qu’on entend même pas. En dessous de 40hz par exemple. Le délire d’essayer d’agir sur la personne qui est là, qui vit quelque chose de physique est intéressant. Le Dubstep est un truc physique, autant que mélodique. « I’ve got something for your mind, your body and your soul ». Pourquoi pas essayer de travailler la-dessus ? Faire partir les gens avec des espèces d’infra-basses, etc. Mon intérêt est donc tout le côté physique, le rapport au corps et donc l’intérêt pour les arts martiaux et toute la médecine chinoise.

LMC : Dernière petite chose, c’est bien toi qui as placé un sample de « Feeling Good » dans ton morceau The Dawn ?

Likhan’ : Oui, mais on est vingt milliards à l’avoir fait sur terre ! Mais en faite sur la première minute du morceau, il n’y a que la voix de Nina Simone et tu peux la sampler sans aucun problème. C’est un morceau que j’ai toujours adoré depuis hyper longtemps. Justemnt, dans le concept de puissance et de retenue (Li – Khan), elle scotche. « Eyes down », et on part. Du coup ce n’est pas un mix ni un remix, je voulais juste l’écouter et faire un truc à ma sauce dessus. Je l’ai tellement en tête qu’il fallait que la synthèse se fasse. Le morceau est sorti en vinyle à la base. Il n’y avait pas mon nom, vu que forcément on se disait que si les héritiers de Nina Simone tombent dessus … Il n’y avait aucune raison mais on ne voulait pas prendre de risque. On l’a ressorti en digital avec mon nom et tout le monde m’a dit « Ah, mais c’est toi ?! ». Donc voilà l’histoire de ce morceau.


Propos recueillis par Violette Le Coultre
www.myspace.com/likhan

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http://www.lemauvaiscoton.fr/musique/rumble-2012-nuit-2-interview-de-likhan/feed/ 1
BettyJanis : interview d’une créatrice responsablehttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/bettyjanis-interview-dune-creatrice-responsable/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/bettyjanis-interview-dune-creatrice-responsable/#comments Fri, 02 Mar 2012 11:31:21 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=8722 BettyJane-datta-12

LMC : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

BettyJanis : À chaque fois que je me présente, j’ai tendance à parler de la formation que j’ai faite, parce que mine de rien, plus ça va et plus j’en parle avec les autres stylistes, je m’apperçois que c’est ce qui a donné le ton à la collection et au concept. J’ai une formation en effet de designer textile, c’est-à-dire qu’à la base j’ai appris tous les choix esthétiques et techniques dans la création d’un tissu et pas du tout la forme, pas du tout le volume, c’était pas du tout la question. J’ai appris à faire des dessins, à les imprimer, à faire du tissage, du tricotage. On va dire que j’ai plus une connaissance du backoffice. Petit à petit, en bossant chez un soyeux lyonnais, parce que j’ai toujours fait des vêtements pour moi en fait, j’ai voulu pousser le concept plus loin, c’est-à-dire faire un vêtement en ayant une vision de la fabrication du début jusqu’à la fin. La plupart des stylistes achètent le tissu mais elles n’ont aucune connaissance de ce qui se fait en amont. J’ai donc bossé 4 ans chez un soyeux lyonnais après ma formation, et ces 4 ans ont été très importants parce que du coup j’ai rencontré pas mal d’acteurs de la région Rhône-Alpes en termes de façonniers, d’imprimeurs, de plisseurs… Je suis donc partie de cette boite-là avec l’idée que je voulais monter ma boîte mais aussi avec un carnet d’adresses assez important. C’est important d’avoir l’aval de ces gens-là.

LMC : Tu peux nous en dire un peu plus sur ta formation ?

BettyJanis : J’ai fais un BTS à Diderot, qui a fusionné maintenant avec la Martinière, donc je suis de Lyon. Un vraie créatrice lyonnaise qui supporte l’OL et tout ce qui s’en suit. (rires)

LMC : Peux-tu nous expliquer la démarche de ton travail ?

BettyJanis : La démarche est complexe et en même temps simple : c’est une envie de créatrice qui vient de ma formation plasticienne à la base, en rajoutant quelques ingrédients et quelques paramètres qui sont une logique d’éco-conception. Pour faire simple, je fais quelque chose, je fais attention au lieu de frabrication, comment c’est fabriqué, l’utilisation de l’eau, les distances de transport. J’essaie de rajouter ces petits ingrédients mais il n’en reste pas moins que c’est une démarche plastique, artistique, avec une envie de faire des couleurs, des matières.

LMC : Et cette démarche éco-responsable, tu la suis dans un but commercial ou tu te sens vraiment concernée ?

C’est la question qu’on me pose souvent : « Mais ça vous vient d’où ? ». J’ai envie de dire que c’est presque une question d’éducation. Moi quand je me lavais les dents, si je laissais l’eau couler, je me faisais engueuler. J’avais pas le droit de faire de bouquets à ma mère parce que ça voulait dire qu’on arrachait des plantes. C’est peut-être une éducation, ou une vision de la vie, de faire attention aux autres, à l’environnement dans lequel on vit. Cela dit je fais très attention au côté com/marketing ou commercial comme tu dis, parce j’essaie d’éviter au maximum le greenwashing. Avoir un vêtement 100% bio et 100% éco c’est très difficile. Je sais que j’essaie d’être au maximum transparente, c’est-à-dire que sur mes étiquettes j’ai un «Made in France » mais au final j’ai un tissu qui vient du Japon, donc qu’est-ce que le « Made in France ? » et tout ça c’est expliqué. J’essaie de donner au maximum des informations au consommateur pour qu’il soit lui juge, et pas simplement moi qui dit « Je fais du bio ». C’est ce qui va le responsabiliser quelque part.

LMC : Il y a une histoire de carré que je n’ai pas forcément saisi ?

BettyJanis : C’est un symbole qui est vraiment fort pour moi (elle nous montre son tatouage fait à berlin il y a peu en forme de carré vide sur sa nuque). La plupart des vêtements que j’utilise au final utilisent toute la laize. Ça revient souvent à des panneaux, et le carré revient régulièrement. Mais c’est aussi parce que c’est une forme géométrique de base, d’ailleurs le logo de BettyJanis est un carré, c’est une espèce de code.

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LMC : Pourquoi pas le triangle qui est bien à la mode en ce moment ?

BettyJanis : Et bien dans le carré, tu peux faire plusieurs triangles, après tout simplement parce que ça me parle moins, je sais pas ! (rires)

LMC : Aux niveaux de tes influences, tu as des coûturiers qui t’ont influencé ? Des jeunes créateurs ?

BettyJanis : S’il y avait deux noms à sortir ce serait Madeleine Vionnet et Janis Joplin. En même temps, ça paraît assez paradoxal, mais c’est deux femmes qui ont su s’imposer à leur époque.

Janis Joplin, elle a osé porter des pantalons dans son College du Texas, elle s’est fait cracher dessus, mais elle a osé, elle est allée au bout de son projet de faire le style de musique qu’elle aimait. Madeleine Vionnet, elle a fait le vêtement qu’elle voulait à son époque, elle a dit merde au corset.

Après, en terme de coupe, Madeleine Vionnet parce qu’elle avait déjà une conscience du vêtement moderne, elle bossait le carré, le biais, elle faisait faire ses tissus exprès pour ses vêtements, et il y a aussi un aspect de sa démarche que j’ai toujours trouvé intéressant c’est qu’elle favorisait les conditions de travail de ses ouvrières ce qui était déjà moderne pour l’époque.

LMC : Qu’est-ce que qui est le plus important pour toi, le conception, la manière de fabriquer, ou le résultat final ?

C’est les deux, dans ma démarche c’est intrinsèquement lié. Je suis incapable de concevoir quelque chose sans penser à la manière dont il sera fait.

LMC : Ce qui implique que tu n’achètes pas si ce n’est pas éco-responsable ?

BettyJanis : C’est vrai qu’il y a une réalité économique. Si vraiment aujourd’hui je pouvais m’acheter tout ce que je pouvais, je le ferais, j’essaierais d’être plus drastique. Mais malheureusement il y a beaucoup de gens qui se retrouvent prisonniers, on fait culpabiliser les gens mais on a pas tous les moyens. Même mes propres vêtements, je sais qu’il y a beaucoup de clients qui ont attendu des mois avant d’acheter une pièce parce que c’était pas forcément initialement dans leurs besoins. Et en même temps, ça me fait plaisir parce que je sais qu’elles ont fait des sacrifices pour ça. Il n’y a pas longtemps, une journaliste m’a demandé : « Quel est votre client type ? ». On aurait envie de dire la « bobo » et en fait au final c’est hyper vaste. Du moment où elles ont été touché. Des fois, elles m’envoient un mail plusieurs mois à l’avance car elles savent qu’elles vont avoir leur anniversaire, et elles attendent et économisent. Et pour le coup c’est plus le côté esthétique que le côté éco-conception qui va passer pour ce genre de clientes.

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LMC : Ton activité commerciale (dans le sens vendre tes fringues) remonte à combien de temps ?

BettyJanis : La première collection est sortie en 2010. Il y a eu 1 an en amont de préparation. Et c’est présenté depuis 2010 au public, soit directement sur Lyon, soit via des boutiques multimarques dans le reste de la France.

LMC : La démarche de venir faire une exposition chez DATTA, c’est pour montrer que justement la démarche dans ta conception est quelque chose qui importe beaucoup pour toi ?

BettyJanis : C’était presque pour positionner l’image, c’est-à-dire que je me suis apperçu qu’il y a beaucoup de gens qui avaient du mal à comprendre du fait qu’il y aient beaucoup de paramètres dans la démarche, s’il y en a un qui résume, c’est la démarche artistique. C’est pour ça que c’était intéressant d’exposer chez DATTA, et en même temps par rapport au lieu je veux montrer qu’au delà de l’objet mode il y a une démarche de plasticienne avec une vraie place dans la Culture. Ce n’est pas une mode futile. Je m’aperçois également face à ma clientèle que les femmes qui vont acheter du BettyJanis sont souvent intéressés par le Japonisme, par les années 20, à la photo. J’en ai beaucoup qui me disent « Ah moi aussi je fais de la photo ! ». Donc voilà, il y a cette notion de culture qui est hyper importante dans l’identité de BettyJanis.

LMC : D’autres centres d’intérets d’un point de vue culturel, à part la mode ?

BettyJanis : La musique a une grosse influence dans ma vie parce que du coup il y a Janis Joplin qui est là tout le temps, c’est un peu mon point d’orgue. Tu peux rajouter Deep Purple. Après c’est vrai que je suis très années 70 en termes de musique, après il y a toute la base reggae. Mais c’est ça, c’est que c’est paradoxal avec Betty qui fait du foot qui écoute du Reggae, et puis en même temps tu as BettyJanis très poétique, très japonisante. Donc souvent quand on me demande mes influences, je ne sais pas si je dois les dire car ça ne correspond pas à l’image qu’il y a dans la boutique. C’est pour ça qu’une femme comme Janis Joplin est aussi importante pour moi parce que c’était une rockeuse qui se défonçait la gueule au whisky mais en même temps elle faisait attention à avoir ses petits talons en concert.

Au niveau de la photo, il est vrai que ça fait tellement longtemps que je suis sur le projet BettyJanis que j’ai un peu perdu le fil. C’est pour ça que les petits allez-retour à la galerie DATTA me vont bien parce que c’est là que je viens me ressourcer et capter des inspirations. Effectivement, je me sens un peu bête quand on me demande ça parce qu’en ce moment à part le boulot, je ne fais pas grand chose d’autres !

LMC : Pour terminer, où peut-on acheter du Betty Janis aujourd’hui ?

BettyJanis : Sur Lyon pour l’instant que en ventre privée. Sur la page boutique de mon site Internet, tu laisses tes coordonnées et je donne le lieu et la date en moment voulu.

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[Paris] retour sur la Fiac 2011 – #03 : Dody Frenchhttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/paris-retour-sur-la-fiac-2011-03-dody-french/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/paris-retour-sur-la-fiac-2011-03-dody-french/#comments Sun, 13 Nov 2011 16:56:37 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=7171 Aujourd’hui dans notre série retour sur la FIAC 2011, nous vous faisons découvrir un artiste pour le moins original : Dody French.

Avec ses allures de dandy excentrique aux reflets acidulés, ses lunettes de hippie et son reflex customisé, ce drôle de personnage que nous avons rencontré à la FIAC nous fait une démonstration live de son travail derrière notre caméra. Armé de son appareil photo et de quelques accessoires, il fait participer les badauds en leur proposant de poser. Un peu de décontraction dans cet univers un peu snob qu’est l’Art Contemporain sous la verrière du Grand Palais.


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Réalisation vidéo : Cultur Prod

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[Paris] retour sur la Fiac 2011 – #02 : Galerie LJhttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/paris-retour-sur-la-fiac-2011-%e2%80%93-02-galerie-lj/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/paris-retour-sur-la-fiac-2011-%e2%80%93-02-galerie-lj/#comments Mon, 07 Nov 2011 14:36:23 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=7094 On continue notre série sur la FIAC 2011 avec aujourd’hui un interview d’Adeline de la galerie parisienne LJ. La galeriste nous présente le travail autour du monde animalier de l’artiste Quentin Garel, à la foire off art Elysées.

 

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http://www.galerielj.com/
Réalisation vidéo : Cultur Prod

 

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Les prises rock de Simon Laveuvehttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/les-prises-rock-de-simon-laveuve/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/les-prises-rock-de-simon-laveuve/#comments Thu, 07 Apr 2011 21:38:20 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=3102 On l’avoue, on est plutôt content de vous parler de ce photographe de talent qu’est Simon Laveuve. A 22 ans, son sens de la mise en scène, sa passion pour l’argentique et l’authenticité de ses modèles rendent son travail touchant. Merci à lui d’avoir répondu à nos questions.

Quel est ton parcours ?

Simon LAVEUVE, 22 ans, photographe made in France. Je côtoie le monde de la photographie depuis plusieurs années maintenant. J’ai toujours eu beaucoup de choses a dire mais pas forcément le bon support pour les exprimer. Le jour ou j’ai réalisé l’impact que pouvait avoir une photographie dans notre société, j’ai décidé de devenir photographe. C’est important d’apprendre le métier, d’assister de bons photographes qui te transmettent le savoir-faire photographique, ses bases, sa construction et l’élaboration d’une image de A à Z. J’ai travaillé en studio, le meilleur moyen de comprendre, d’assimiler et visualiser la lumière. C’est à la suite de ces expériences que j’ai réalisé que la photographie deviendrait mon principal moyen d’expression. L’appel de la création étant trop fort, l’envie d’exposer mon propre univers et ma propre vision, c’est en 2007 que le site Streetsking est né.




Quelles sont tes influences ?

Mes parents pour mon éducation. Mathew Barney pour sa maîtrise de l’esthétique. Stanley Kubrick pour son parcours. Boogie pour sa puissance visuelle. David Fincher pour son action soutenue. Takeshi Kitano pour sa dure finesse. Rob Zombie pour son univers. George A. Romero pour son gore. Mais aussi Jim Jarmusch, Danny Boyle, Wim Delvoye, Nan Goldin, Alexandre Rodtchenko, George de La Tour, Gilles Peress, Weegee, Josef Koudelka, et tellement d’autres. L’image au sens large du terme. Le cinéma et la peinture. Ma femme et les anges de ma vie. J’aime la lumière mais d’autant plus la nuit. J’aime la rue et ses chiens loups. J’aime le destin et ses malheurs. J’aime l’esthétique et le contraste. L’alcool et les martyrs.


Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ce que tu fais ?

J’aime le reportage pour ses rencontres inattendues, son échange continuel avec le monde, sa poésie et ses voyages furtifs. Sa narration qui donne libre court à notre imagination. En 2009, j’ai débuté « MADE IN STREET»  série photographique argentique noir & blanc. Axée sur le portrait et sur le style de vie des personnes que je photographie. Un support traditionnel, pour un traitement artisanal. Je développe toutes mes photographies moi même, je fais également tous mes tirages à la main. De longues heures le nez dans la chimie, éclairé à la lumière rouge inactinite. J’aime également les natures mortes pour leur construction, leur âme et leur présence. Cette manière de figer les éléments entre eux, de les mettre en scène. Mélanger de manière subtile, provocation, référence à l’histoire et esthétisme. Assembler plusieurs éléments entre eux pour leur donner un sens, une interprétation, une puissance d’évocation. Un clin d’œil à la peinture qui avant la photographie, était l’art de représenter le réel. La série « DEAD STYLE»  est née. Et pour finir, tout ce qui est portraits d’artistes, de groupes, de musiciens. C’est une collaboration visuelle pour le même souhait : représenter une culture, une façon de vivre et de penser. De voir et de saisir le monde qui nous entoure. Traduire ce que l’on est, ce que l’on vit, au travers d’une photographie, d’une chanson.


Quel est ton rapport à l’univers que tu représentes ?

Je suis le regard, l’envers du décors, celui de ce monde à part. Je suis un acteur observateur du monde dans lequel j’évolue. Je suis le témoignage, le souvenir d’une génération. Je montre ce que vois, j’éclaire les ombres, je pose la lumière là ou il n’y en a pas. L’art visuel permet de concilier l’acte de création et la réalité. J’aime confronter mon univers à la réalité. C’est important pour moi de témoigner de ce qui se passe autour de moi au niveau politique, social et culturel. La photo permet cela. Et c’est le travail photographique en lui-même, dans lequel je m’implique en tant qu’artiste qui traduit ma démarche plastique.


Quels sont les lieux ou tu photographies ?

Depuis mon enfance, j’aime parcourir, explorer l’environnement où je me trouve. Ce qui m’a permis de connaître bon nombres de lieux cachés, de recoins, de ruelles, d’usines… A la recherche d’ambiances, de lieux insolites et atypiques. Dans mes photographies, je me tourne toujours vers mon environnement, vers la rue. Quand j’ai une envie pour un portrait ou pour un shooting, j’ai en mémoire des lieux, des décors, des ambiances. Ce qui me permet de ne pas perdre de temps à les chercher. Très pratique pour les groupes de musique par exemple, ou le timing pour certains est très serré. Je photographie dans les lieux où je me trouve, que je fréquente, où je vis. J’ai pris l’habitude d’un regard inquisiteur, quel que soit l’endroit où je me trouve.

On a remarqué chez toi l’effort de montrer des personnalités, tu peux nous en dire un peu plus ?

Je cherche à photographier avant tous des acteurs, des activistes. Des personnes qui font le choix de vivre autrement. D’avoir un style de vie en accord avec leur culture et leur univers. J’aime la diversité des cultures et les liens qui les unissent. Je photographie des gens que je côtoie, ou que je croise dans les lieux que je fréquente. Pour beaucoup, ils sont des groupes de musiques, ou des associations / magazines / fanzines culturels, ou encore des labels indépendants. Ce qui est intéressant c’est de témoigner, de montrer qu’il y a une alternative, une résistance. Je ne cherche pas a reproduire les clichés qui envahissent nos esprits et nos espaces. Je cherche la beauté là ou certains ne la verraient sûrement pas. Rien n’est jamais perdu d’avance, mes photographies sont un hymne à l’insurrection.


La musique semble nourrir largement ton travail. Qu’écoutes-tu comme musique ?

Je n’ai pas un style de musique définie. J’écoute avant tout de la musique qui me procure des émotions et des sensations. De la musique qui m’inspire et qui me représente. J’écoute du punk rock / street punk, comme les copains de Maraboots ou les Street Kids, pour les actuels. Sinon j’aime énormément le groupe Camera Silens. J’aime beaucoup le rap également, le rap sombre, Horrorcore, ou Devil shyt. J’affectionne particulièrement des artistes comme mon ami Scareone, pour qui j’ai d’ailleurs réalisé le clip Antipodes Lyriques, ou encore VII et Young Thug. De l’underground Français aux lyrics aiguisées. J’apprécie la Dark Wave, Batcave, Witch House, Minimale,… Citer des groupes serait bien trop long, mais j’invite à découvrir ces styles bien trop méconnus. Des ambiances et des univers hors du commun.


Quel matos utilises-tu ?

Depuis 2009 pour mon travail personnel, j’utilise essentiellement des caméras argentiques, très peu de numérique. L’appareil que j’utilise était à mon grand père, puis à mon père, maintenant il est mien. Je préfère être le moins chargé possible, rester libre de mes mouvements. Je travaille sans flash, sans lumière artificielle. J’aime la beauté de l’acte, supprimer le superflus, ne garder que le plus important. Et pour moi c’est l’envie de faire une photographie qui compte. Pas le matériel ou les moyens mis en œuvre pour y parvenir.
Pour mon travail professionnel, je m’adapte à la demande, elle est majoritairement axée vers le numérique, pour des questions de budget mais surtout de temps.

Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Je travaille beaucoup avec l’édition, sur de nombreux projets de livres. Je réalise également des clips de musiques, des pochettes d’albums, des portraits d’artistes. Je continue jour après jour mes séries « MADE IN STREET»  et « DEAD STYLE» . Deux façon de voir et traduire le monde qui me tiennent à cœur. Je prépare également des courts métrages, qui vont s’inscrire dans la continuité de mes photographies. Ils refléteront notre génération, notre présent, notre quête de l’avenir et nos questions sur le futur. Je prépare aussi de nouvelles séries photographiques mais pour en savoir plus, il faut suivre mon blog.

Quels sont tes projets à venir ?

L’envie de continuer de créer, tout simplement, l’envie de faire voyager. De montrer quelque chose de différent, d’exposer mon propre univers. Ma façon de penser, d’entrevoir et de vivre. La création est un moyen de survie, d’extérioriser ce que l’on ressent ou ce que l’on voit. Montrer à ceux qui observent mes images des choses qu’ils ne voient pas forcément dans la vie de tous les jours. Leur montrer ce qu’il ne veulent peut-être pas voir. Prendre la relève, honorer les photographes qui m’ont formé. Et tout simplement l’envie de faire une photographie, d’avoir un souvenir, de témoigner. Mon travail participe à la mémoire collective. La photographie ne se vit pas au futur, mais au présent. Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’instant.

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DATTA x POCH : exposition et échange avec l’artistehttp://www.lemauvaiscoton.fr/art/datta-x-poch-exposition-et-echange-avec-lartiste/ http://www.lemauvaiscoton.fr/art/datta-x-poch-exposition-et-echange-avec-lartiste/#comments Tue, 29 Mar 2011 19:56:22 +0000 http://www.lemauvaiscoton.fr/?p=2673 Depuis le début des années 80, flirtant avec les punks et pochoiristes parisiens jusqu’à aujourd’hui, Patrice Poch s’est écrit un nom indélébile dans le milieu de la rue et du graffiti. Il expose à la librairie DATTA avec « I hate this world but I love my life », jusqu’au 27 avril. On a posé des questions au monsieur.

Peux-tu te présenter à nous en quelques mots ?

Patrice Poch, 38 ans, j’ai commencé à peindre en 88. Je suis de banlieue parisienne, après j’ai habité à Paris. Maintenant, je suis à Rennes depuis 10 ans. Je bouge selon les vents.

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Comment as-tu commencé ?

J’ai commencé direct dans le graffiti, plus précisément par le pochoir. Je gravitais dans la scène punk-rock, donc très influencé par les pochettes de disques, les perfectos avec des pochoirs dans le dos. En voyant tout ça, ça m’a donné envie. J’avais aussi découvert quelques pochoiristes parisiens connus du début des années 80 comme Marie Rouffet. Début 88, j’essaie alors de faire moi même mes bouts de cartons et tout ça…

Tu bosses à partir de photos ?

Pour ce qui est pochoir, oui, c’est un mélange entre du dessin et de la photo. Je cherche énormément de clichés, en fait, il y a un long travail d’archive en amont. Je prends contact avec les groupes, notamment. Il y a un temps de mise en confiance, qu’ils comprennent bien ce que je veux faire avec leur image. Parce qu’à côté de ces pochoirs, il y a souvent un boulot aussi de collages dans la rue où je fais des personnages de taille 1 qui représentent les gens de l’époque, comme si tu les croisais.

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Tu peux nous en dire un peu plus à propos de ces collages urbains ?

Depuis 2005, je travaille sur des personnages en taille 1 représentant les acteurs de la scene punk-rock des années 80… Je travaille en règle générale sur des groupes que j’ai écouté pendant mon adolescence mais il m’arrive aussi d’illustrer des groupes que je découvre au fil de mes recherches quand je me documente sur une ville en particulier… Cela a été le cas avec le groupe Social Negative dont j’ai fait deux collages lors de mon passage chez DATTA. Je travaille en ce moment beaucoup sur la scène rennaise… J’ai déjà fait une grosse série de collages en 2010 et j’en prépare une nouvelle… En parallèle, j’organise une exposition collective « RENNES 1981″ avec des artistes ayant commencé leur pratique à l’époque : Richard Dumas (photo), Tonio Marinescu (peinture), Jo Pinto Maia (photo), Ian Craddock (photo), Dany Delboy (peinture) et un photographe Gildas Raffenel qui lui fait le lien avec 2011…

La musique et les groupes punks de l’époque semblent t’inspirer, pourrais-tu nous dire combien la musique est importante dans ton travail ?

La musique et tout particulierement le punk-rock sont très importants, c’est par ce biais que je me suis intéressé au pochoir fin 80… Après je ne suis pas non plus enfermé dans cette culture, j’aime beaucoup de choses differentes… je m’intéresse autant au vieux hip-hop, l’electro, l’early reggae. J’ai d’ailleurs réalisé plusieurs collages grandeur nature de Birdy Nam Nam.

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Ton travail paraît également être sensible à la politique, on se trompe ?

Mon travail est pas vraiment politique mais il est clairement antifasciste.

Qu’aimes-tu à Lyon, artistiquement et culturellement ?

A chaque fois que je suis venu à Lyon, je n’ai pas vraiment eu le temps de visiter culturellement la ville. Je passe assez rapidement et je passe plus de temps avec mes potes et le crew TSH. Après j’apprécie beaucoup la ville avec des coins comme la Croix Rousse, les pentes…

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Quels sont les derniers artistes (peintres, photographes, groupes de musique…) qui t’ont marqué ?

En peinture, j’aime beaucoup le travail de John John Jesse, Guillaume Bresson.
En musique, Kap Bambino, Klement, Frustration et Déjà Mort.

Es-tu plus sushi ou nems ?
J’aime vraiment les deux.

Merci beaucoup, c’est super cool de ta part.

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