Abbas Kiarostami à Lyon
Rencontre avec le cinéaste autour de son film « Like someone in Love », jeudi 11 octobre 2012 au Comoedia.

18.10.12
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Quelques jours avant le lancement du festival Lumière, le public cinéphile lyonnais était déjà en émoi pour accueillir l’un des cinéastes les plus respectés des dix dernières années, multi-récompensé en festivals : l’Iranien Abbas Kiarostami. En exil depuis des années, il venait présentait son dernier film, une jolie fantaisie tournée au Japon.

Si vous ne le savez pas encore, Le Mauvais Coton vous le rappelle : lorsqu’il a été nommé Directeur Général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux refuse de quitter pour autant son poste de Directeur de l’Institut Lumière, la cinémathèque de Lyon, située dans les lieux mêmes de la naissance du cinéma et qui organise le festival du même nom (du 15 au 21 octobre, voir notre article). Et parce que c’est lui qui fait la pluie et le beau temps du cinéma international en sélectionnant ou non tel ou tel grand cinéaste à Cannes, parce qu’il est en contact permanent avec le gratin du cinéma mondial, les artistes passent volontiers le saluer – et les cinéphiles par la même occasion – à Lyon, à l’Institut Lumière ou ailleurs. En attendant Michael Haneke le 16 et Olivier Assayas le 23, c’est Abbas Kiarostami que le Comoedia a accueilli le 11 octobre. Il venait présenter au public son dernier film, présenté à Cannes. Thierry Frémaux, qui aime « accompagner » dans leur trajet vers les salles obscures les films qu’il a sélectionnés, était bien sûr présent malgré les préparatifs du festival Lumière.

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Après Copie conforme (2010), tourné en Toscane avec Juliette Binoche, l’exil se poursuit pour Abbas Kiarostami, cinéaste iranien dont la Palme d’Or, en 1997, pour Le Goût de la Cerise, qui s’emparait du sujet tabou du suicide assisté, lui avait valu plusieurs agressions dans son pays d’origine. C’est ainsi au Japon qu’il a tourné son nouveau film. Comme il l’explique au public lyonnais, les sociétés iranienne et japonaise ne sont pas si éloignées que ça l’une de l’autre, si tant est que l’approche qu’on en a soit celle du quotidien, de l’intime. Le cinéaste, à filmer le petit, le détail, l’émotion passagère et l’érotisation discrète – bref, à fuir le sensationnel, voire même tout évènement, par des ellipses frappantes – touche sans problème à l’universel. Son film serait « dénué d’identité », selon un spectateur ? Kiarostami voit dans le fait de n’être pas rattaché à aucune culture nationale en particulier davantage une qualité qu’un défaut. Le cinéma est, pour lui, l’art universel par excellence et ne saurait subir un impératif identitaire. « Mon identité est celle d’un cinéaste du monde », déclare-t-il.
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Il est vrai que le film ne convoque que très peu d’éléments proprement japonais, préférant montrer la rencontre entre deux personnages solitaires qui pourrait se dérouler à peu près à n’importe quel endroit du globe. Laissant l’apprivoisement progressif du vieux professeur et de la jeune étudiante prostituée à sa lente avancée, le réalisateur film en longs plans, souvent fixes (mais d’une certaine manière mobiles lors de ces déplacements en voiture qui occupent une grosse partie du métrage). Lorsqu’un spectateur l’interroge, à l’issue de la projection, sur ce qu’il appelle la « monotonie des cadrages », Kiarostami fait une réponse intéressante : cette « monotonie » lui paraît, à lui, pertinente et juste, contrairement au aux caméras épileptiques et au montage fiévreux des productions hollywoodiennes. « Lorsque vous buvez un café avec un ami, vous vous déplacez sans cesse vous ? », demande-t-il au public. Dans son épure, Like someone in Love est un hommage à un grand cinéaste nippon, Yasujiro Ozu, dont son admirateur rappelle qu’il ne déplaçait jamais inutilement la caméra. Laissons à Kiarostami le mot de la fin : « C’est la malédiction du cinéma d’aujourd’hui : nous ne supportons plus la simplicité. »
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