Isabelle Huppert perdue aux Philippines
Sortie en salles du 19 septembre : « Captive » de Brillante Mendoza (France/Philippines, 2h02)

25.09.12
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Isabelle Huppert est bien l’une des actrices les plus surprenantes de notre cinéma. En attendant la sortie, le 17 octobre, d’In another Country, un film qu’elle a tourné en Corée du Sud, on la retrouve perdue dans la jungle d’une île des Philippines, prise en otage par les terroristes d’un groupuscule islamiste. Un film-choc qui remue la rentrée cinéma !

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C’est lors du Festival de Cannes 2009 qu’Isabelle Huppert a rencontré le cinéaste philippin Brillante Mendoza. Le jury qu’elle présidait lui remettait alors un Prix de la mise en scène pour un film d’une extrême violence, Kinatay. Parce qu’elle est certainement, à 59 ans, l’actrice française qui a le moins froid aux yeux, c’est elle qui a voulu s’enfoncer dans la jungle d’une île des Philippines au côté du réalisateur pour y raconter la longue prise en otages d’une vingtaine de Philippins et de touristes occidentaux par le groupe terroriste islamiste Abu Sayyaf. Dire que cette histoire est tirée de faits réels et que certaines victimes sont restées captives pendant plus d’un an, de mai 2001 à juin 2002, suffit à laisser entrevoir la dureté du film ! Quant à l’actrice, elle ne manquait d’évoquer, lors de la présentation du film au festival international de Berlin, une autre épreuve : celle d’un tournage dans des conditions extrêmement difficiles.

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L’expérience que propose Captive est donc avant tout d’ordre physique. Tout, dans les choix de narration comme dans ceux de mise en scène, tend à faire partager au public ne serait-ce qu’un peu du calvaire des victimes. Par un décompte des jours d’abord assez régulier puis fait de bonds d’ampleur complètement aléatoire, Brillante Mendoza sait admirablement restituer le dérèglement des otages, jusqu’à celui de leur perception de l’écoulement du temps. Sur le plan visuel, l’oppression par le cadre naturel hostile est constamment figurée. Sur un trajet en mer, entassés dans un petit bateau, où dans la marche épuisante à travers la jungle, la caméra vient écraser les otages en des zooms vertigineux. On retient tout particulièrement celui, hallucinant, qui passe des nuages dans le ciel aux arbres, puis au personnage d’Isabelle Huppert avant de montrer jusqu’aux fourmis sur le sol. Par une telle prouesse plastique, le cinéaste met tristement en perspective le sort de ce petit groupe avec les dizaines d’autres évènements similaires survenus aux Philippines depuis quelques années. La prise d’otages y est devenue un véritable business.

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Pour autant, le film peine, au-delà de telles métaphores visuelles et de quelques pics émotionnels, à développer autre chose qu’une dimension sensorielle, qu’à restituer précisément une épreuve. Les esquisses de drame qui impliquent le personnage d’Huppert et un jeune terroriste en proie au doute ne sont pas suffisantes pour conserver 2h durant l’attention totale des spectateurs. On peine notamment à se raccrocher à de vrais personnages épais et intéressants alors qu’on en éprouve par moments un immense besoin. Pas tellement de surprise à ce niveau-là : laisser son public au bord de la route est le principal risque que prennent des œuvres aussi radicales, aussi jusqu’au-boutistes que Captive.

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Texte : Gustave Shaïmi
Site officiel du film : http://captive-lefilm.com/
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