Ô Mauvais Coton, donne-moi la Lumière !
Présentation du festival Lumière, du 15 au 21 octobre 2012 dans plus de 30 salles du Grand Lyon

28.09.12

Avec plus d’une trentaine de projos quotidiennes pendant six jours et aux quatre coins de l’agglomération, le festival Lumière peut être un casse-tête. Heureusement, Le Mauvais Coton est là pour vous aiguiller dans une programmation pléthorique qui sait marier le spectaculaire à la rareté et aux chefs-d’œuvre ressuscités.

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[dropcap]O[/dropcap]n le présente encore même s’il est désormais remporté haut-la-main : le pari, en 2009, de [highlight]Thierry Frémaux[/highlight] et du cinéaste [highlight]Bertrand Tavernier[/highlight], respectivement Directeur et Président de l’Institut Lumière (la cinémathèque de Lyon), c’était de célébrer pendant toute une semaine le patrimoine du cinéma en invitant ceux qui le font aujourd’hui à présenter des copies restaurées de films qui l’ont marqué hier. En quatre éditions, le festival Lumière a acquis une renommée internationale et attire toujours plus de spectateurs, de bénévoles, mais aussi de personnalités, que l’on peut rencontrer souvent dans la plus grande décontraction une fois la nuit tombée, au Village de Nuit qu’accueille La Plateforme. Pour le moment, [highlight]Guillaume Canet, Virginie Ledoyen, Benoît Magimel[/highlight] ou encore [highlight]Nicolas Winding Refn[/highlight], le réalisateur danois de « Drive », ont confirmé leur venue. Pour la Séance de Clôture à la Halle Tony Garnier, [highlight]Isabelle Huppert[/highlight] viendra présenter « La Porte du Paradis » (1981), western mythique de Michael Cimino, échec retentissant à sa sortie en salles, aujourd’hui culte pour bien des cinéphiles.

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[dropcap]S[/dropcap]i la Soirée d’Ouverture du lundi 15 octobre est déjà complète, on vous recommande quand même de rattraper dans la semaine le bijou d’humanisme qui y sera projeté, [highlight]« L’Epouvantail » de Jerry Schatzberg[/highlight], Palme d’Or 1973 avec de tout jeunes Al Pacino et Gene Hackman en vagabonds ultra-attachants. Et puis rassurez-vous : chaque année, c’est avec la remise du Prix Lumière que le festival atteint son apothéose : le samedi 20 à 18h45 à l’Amphithéâtre (Centre des Congrès) de la Cité Internationale, [highlight]Ken Loach[/highlight] recevra des mains de son ami [highlight]Eric Cantona[/highlight] la récompense honorifique, succédant ainsi à [highlight]Gérard Depardieu, Milos Forman et Clint Eastwood[/highlight]. Après quoi c’est bien sûr le sympathique « Looking for Eric » (2009), où le footballeur joue son propre rôle, que le public verra en leur présence. Il reste quelques places, sautez dessus !

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[dropcap]B[/dropcap]elle idée que de récompenser un cinéaste connu pour la constante de son engagement politique, dans l’Angleterre de Thatcher, puis dans celle, exsangue, que la Dame de Fer a laissée. On vous recommande en particulier : « Raining Stones » (1993), film doux-amer sur un père de famille chômeur mais débrouillard, parmi les rares de Loach à se teinter d’optimisme, « Ladybird » (1994), récit du combat ultra-éprouvant d’une femme à laquelle on retire la garde de ses enfants, « Land and Freedom » (1995), chronique émouvante du combat des communistes pendant la Guerre d’Espagne et « Sweet Sixteen » (2002), évocation sans concession de l’adolescence, entre courage et déviance.

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[dropcap]A[/dropcap]utres cinéastes auxquels Lumière rend hommage cette année, [highlight]Max Ophüls et Vittorio De Sica[/highlight]. Le premier, Allemand de naissance, puis expatrié aux Etats-Unis et enfin Français d’adoption, est l’incarnation du raffinement de la mise en scène et de la narration. A une époque où les caméras pèsent lourd, la manière dont elles virevoltent chez Ophüls laisse bouche bée. A voir : « Lettre d’une Inconnue » (1948), sommet de la période américaine et film le plus émouvant d’Ophüls, et « Madame de… » (1952), avec Danielle Darrieux, film mythique du cinéma français où la mise en scène du réalisateur touche au sublime.

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[dropcap]Q[/dropcap]uant à [highlight]De Sica[/highlight], on espère pour vous que vous connaissez au moins « Le Voleur de Bicyclette » (1948), film qui compte parmi les manifestes du néoréalisme italien et suit l’épopée anodine (tout un paradoxe, on sait) d’un colleur d’affiches auquel on vole son objet de travail qui est aussi l’unique marqueur de son début de réussite sociale. Les regards de son jeune fils, qui l’aide dans sa quête, sont parmi les choses les plus bouleversantes que vous pourrez voir au cours de cette semaine de festival !

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[dropcap]P[/dropcap]êle-mêle, au sein des nombreuses sections qui composent la programmation, vous pouvez aller piocher de notre part du côté de :

  • « Comme un Torrent » (1958), avec Frank Sinatra, Shirley MacLaine et Dean Martin, acteur auquel le festival rend un petit hommage. C’est l’un des mélodrames les plus réussis de Vincente Minnelli, réputé parmi les maîtres du genre, où MacLaine joue l’une des plus belles amoureuses du cinéma, ni plus ni moins.
  • « Il était une Fois en Amérique – version longue inédite » (1984), avec Robert De Niro : cette version inédite de 4h13 (!!!), pour laquelle le travail a été supervisé par Martin Scorsese, justifie largement la (re)découverte du dernier film du grand Sergio Leone, qui raconte l’Amérique avec dureté et nostalgie à travers l’itinéraire d’une petite frappe devenue grand mafieux.
  • « Little Odessa » (1994), avec Tim Roth, le premier film du réalisateur déjà culte de « La Nuit nous appartient » (2007) et « Two Lovers » (2008), James Gray. Un polar mafieux qui sait allier sécheresse du traitement de la violence et ampleur de la saga familiale, sous influence de la tragédie antique.
  • « La Nuit du Chasseur » (1955), chef-d’œuvre de Charles Laughton, contesté à sa sortie pour son personnage de pasteur assassin (énorme Robert Mitchum), adulé aujourd’hui et présenté dans une copie que tout le monde annonce sublime !
  • « Tess » de Roman Polanski (1979), avec Natassja Kinski : une grande fresque amoureuse, remarquable par son équilibre entre réalisme et lyrisme, à redécouvrir dans toute la splendeur de ses images grâce à une copie restaurée par Pathé.

Au plaisir de vous croiser à partir du 15 octobre, dans les salles obscures ou sur La Plateforme !

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Texte : Gustave Shaïmi