Amirali : Bon baisers de Téhéran-Toronto-Londres
Premier album d' Amirali « In Time » sorti le 11 mai dernier (Crosstown Rebels)

9.07.12
amirali in time

« Le vrai sage est celui qui apprend de tout le monde » (Proverbe iranien).
Amirali c’est un peu ça. Le cosmopolitisme à l’oeuvre. C’est un peu comme cela que l’on pourrait résumer la musique de la nouvelle recrue du prestigieux label britannique Crosstown Rebels. Imaginez un artiste qui a quitté la violence orientale de Téhéran pour faire sa crise d’ado sous les neiges canadiennes pour enfin vagabonder dans l’abondance musicale de Londres. LMC vous propose de découvrir toute la finesse de cette électronique montante qui erre entre les influences culturelles intercontinentales. Une escapade qui ne peut pas se refuser !

Amirali est présenté au public début 2012 par le charismatique fondateur de Crosstown (Damian Lazarus), la nouvelle perle du label n’a cessé d’impressionner et de faire parler de lui. Il faut dire que le parcours de ce petit pousse à la curiosité ! Il quitte la capitale perse à 16 ans pour s’installer dans une cité dont l’américanisme n’est plus à débattre : Toronto. Étudiant en architecture, il s’installe finalement quelques années plus tard à Londres, pour « ses études ». Il en reste néanmoins que c’était plutôt pour se plonger dans le déluge créatif que lui proposait cette porte vers l’Europe. Le jeune iranien, pianiste de formation, nous étonne en janvier dernier avec la publication de son premier EP sous Crosstown : « Beautiful World ». Rapidement relayé par la critique, Amirali n’aura cessé de se produire partout dans le monde, sans oublier ses racines et son cursus atypique.

Pour la description musicale, on pourrait le comparer aisément à Nicolas Jaar. Lui aussi fruit d’un internationalisme culturel qui réussit bien aux DJ’s actuels. Comme lui, on retient surtout une sensibilité dans l’ambiance sonore et une émotivité ostensiblement présente dans ses productions. En interposant des vibratos de claviers qui effarouchent les tympans, on se laisse plonger dans cette atmosphère inquiétante, perdant les repères et les limites que les genres musicaux imposent. À l’instar du New-yorkais, du duo canadien Azari & III , ou encore de Francesco Tristano, la recherche se concentre sur la beauté décalée de l’apposition des claviers sur la structure électronique la plus rythmée et minimaliste dans la mesure du possible. Des échos, des pauses, des souffles et des tonalités liquides et cristallines viennent également achever cette architecture musicale.

Toute l’ingéniosité de cette nouvelle génération dont Amirali fait partie, réside dans l’harmonie trouvée entre des samples d’instruments conventionnels (claviers majoritairement) et une chirurgie des tempos, opérée avec une minutie remarquable. Amirali est innovant par rapport à ses homologues dans le sens où l’on ressent tout un cadre aéré qui libère sa musique, liée avec des tonalités angoissantes. Cette oppression sympathique que l’on pourrait croire empruntée à Art Department, se démarque dans l’intelligence des mélodies qu’il nous présente.

On retient ainsi la beauté de Story of Us qui réveille en l’auditeur un attendrissement cruellement réaliste. Les claviers inséminés se dessinent au fil des tracks comme une couture qui cicatrise cet album finalement impressionnant. À ajouter à cela, on s’attache également à apprécier les soupirs de l’artiste insufflés entre les variations qui achève le raffinement de sa musique. On aime également la profondeur névralgique de «The Sounds of My Life » qui reste la preuve grandiloquente de l’univers d’Amirali. On se laisse emporter dans ce morceau comme au fil de l’album dans un voyage au coeur de la mélancolie évasive mais épurée. Le côté brut et aseptisé d’« In Time » en fait toute sa force. La dernière manifestation de cette atmosphère est la publication sur la page facebook de l’artiste du morceau « Falling Down », petit bijou de chirurgie sonore.

Plus largement, cette latence anxiogène que l’on perçoit dans ce torrent électronique novateur est vraiment devenue la marque de fabrique de ses nouveaux artistes, particulièrement regroupé chez Crosstown Rebels. On est loin de l’Électro punk des Bloody ou encore du marasme fourre-tout de l’Électro-commercial qui nous entoure depuis trois quatre ans. Amirali n’est pas un précurseur dans le genre mais en tout cas il confirme avec brio l’avènement de ce nouveau vecteur musical diablement efficace et agréable. L’admiration remplaçant la curiosité, le moustachu en quête de patrie nous livre en tout cas toute la puissance et l’importance du multiculturalisme musical, en tout cas dans l’Électronique .


Dernières tracks& remixes : http://soundcloud.com/amiraliofficial

Page Facebook avec téléchargement libre de « Falling Down » :

https://www.facebook.com/AmiraliOfficial
Page artiste sur Crosstown : http://www.crosstownrebels.com/artist/amirali