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Cascadeur au Ninkasi Kao, vendredi 3 février 2012

Livomatique Musique — 13-02-2012

Pas facile de crédibiliser un personnage vêtu d’une combinaison de travail, d’un casque de pilote de chasse et d’un masque de luchador. C’est pourtant chose faite avec Cascadeur, qui a su transporter le Ninkasi Kao au delà de la stratosphère. Attention à la chute.

Cascadeur est un ovni, un pianiste talentueux qui se décrit lui même comme quelqu’un voulant être “impur” dans le paysage musical.

Les lumières s’éteignent, plus un bruit dans la salle. Le show démarre sous un fond sonore de communications radio – intro d’Highway 01 -, accompagné par un jeu d’ombres chinoises laissant deviner la silhouette du Cascadeur pour enfin apparaître, éclairant à l’aide d’une lampe torche l’environnement qu’il semble découvrir tout en se déplaçant d’un pas lent et aérien tel un cosmonaute sous gravité proche de zéro. L’ébahissement est général lorsque les premières notes de ses cordes vocales retentissent : un agréable frisson parcourt le Kao, grâce à une interprétation et une voix sidérante, pleine d’émotion, transmettant à merveille sa sensibilité à fleur de peau.

S’enchainent les titres de son album “The Human Octopus” tel “Into The Wild”, “Meaning” pour arriver à “Walker”. C’est alors qu’un acolyte masqué d’un luchador fait son apparition, nous permettant d’assister à un échange de masque avec des gestes millimétrées, presque rituels, l’artiste ayant pris soins de faire dos à la fosse pour garder l’anonymat. Calé au milieu du live, le chanteur nous laisse entrevoir un titre extrait du futur album qui s’avère plus rythmé, reste à savoir si tout le reste en sera de même.

L’utilisation de boite à musique, dictée électronique, et omnichord nous ramène en enfance et nous emporte ainsi dans un voyage d’un autre temps, une autre dimension à l’aide d’un travail minutieux de mise en scène. L’accompagnement vidéo n’est pas en reste, très esthétique et jouant à la perfection avec l’ombre du pianiste, sorte d’alter égo funeste.
Mais dans un soucis d’interaction avec le public, les trop longues périodes “comiques” ont légèrement tendance à faire retomber le soufflet lorsque le stuntman tend le micro à une ado pour un échange interminable de “Bye Bye”, la fille ne voulant pas lâcher le morceau. La découverte de sa voix est certes bluffante, mais la faire monter sur scène pour jouer un morceau personnel est la cascade de trop.

Après un “Walker” joué pour une seconde fois (faute d’un soucis technique ne permettant pas de jouer le morceau voulu), Cascadeur rattrape le coup et nous fait aussitôt oublier cette bévue en nous laissant repartir dans la béatitude.

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L’interview

Le Mauvais Coton : Comment avez-vous trouvé le public de Lyon ce soir ?

Cascadeur : Chaleureux, attentif, très réactif, ce qui fait que le concert est parti un peu en improvisation. Quand je vois que les personnes sont assez sensibles au fait que je plaisante, moi je continue ! (rires) Parfois c’est pas bien, mais bon, c’est les accidents du cascadeur. Moi ça me plait, j’ai envie de ressortir de cette routine, l’autoroute ça m’ennuie un peu. Ça peut déranger, ça peut faire dire que je gâche un peu des moments et qu’on sort du concert.

LMC : Vous comptez sortir le prochaine album dans l’année, cette tournée ne vous empêche-t-elle pas d’écrire ?

Cascadeur : Du fait de mon parcours, j’avais pas mal de morceaux de mon côté, j’en ai fait beaucoup ces derniers temps. J’aime beaucoup écrire. Je ne suis pas trop inquiet, il y a des fondations.

LMC : Sera-t-il dans la même lignée du premier ?

Cascadeur : Oui mais avec une dynamique plus forte, bien sûr je ne vais pas détruire ce que j’ai monté, mais il y aura je pense un pan un peu autre, il sera plus varié.
Le premier je le voulais comme une sorte d’entité, comme si l’on était dans un vaisseau, dans une capsule, un espace assez circonscrit quand même, même si c’était ouvert, & la j’ai envi de l’ouvrir de plus en plus et faire en sorte qu’on retrouve cette énergie, débordement que je vais avoir sur scène.
Je veux le salir un peu, j’ai toujours un peu de mal mais j’ai envi de le faire! (rires)

LMC : Entre la scène & le studio, une préférence ?

Cascadeur : Pas spécialement, c’est complémentaire, j’ai appris pas mal de trucs a la maison, mais c’est vrai qu’avec la confrontation avec les gens, c’est autre chose, tu apprends le traque, tu apprends les tensions, et tu apprends aussi la motivation et la transcendance, parce que c’est vrai que la présence de l’autre, comme une histoire d’amour, il y a un truc qui se passe. Moi je le ressens comme un dialogue, et donc quand je sens qu’il y a du répondant en face, t’es un peu pris, tu te dis voila, je plais a cette personne alors tu continues, une sorte de jeu de séduction qui peut s’avérer un peu dangereux.

LMC : Ovni des compilations Kitsuné, comment vous ont-ils découvert ?

Cascadeur : La petite histoire, c’est qu’il y a une personne chez l’éditeur, qui a travaillé assez longtemps chez kitsuné, et qui aimait je crois beaucoup “Walker”. Il l’a fait écouter au boss de kitsuné, puis ça s’est fait comme ça ! Et il s’avère que maintenant cette personne est devenue mon directeur artistique en édition depuis quelques jours. C’est une ironie du sort. 
Ma musique est un peu transversale, on peut dire que c’est de la pop, que c’est acoustique, que c’est lyrique peut être, donc moi ça me plaisait d’avoir un truc ouvert.
Je n’ai pas envi de circonscrire mes projets, c’est ça qui me plait, c’est pour ça que le métissage est important. J’ai envi d’être impur !

LMC : Avez vous eu des difficultés à sortir au public “The Human Octopus” ?

Cascadeur : J’ai créé 3 albums, que je n’ai pas distribué. Pour moi il y a une sorte de manque de confiance, mon travail ne passe pas par le vedettariat. C’est aussi pour ça que je me masque. Ce qui me plait, ce n’est pas d’être connu, c’est de ressentir l’échange avec des inconnus. Je fais des rencontres, je deviens ami avec des inconnus, c’est la force de la musique qui parfois accélère les rapports. Pas forcement avec des musiciens, mais aussi avec des journalistes, des gens qui aiment la musique… Ça me fait sortir d’une forme d’isolement auquel je souffre un peu, j’étais un peu désemparé devant ce grand mur.

LMC : Pourquoi avoir choisi de vous masquer ?

Cascadeur : J’avais des hantise. Me connaissant émotifs, ce n’est pas accessoire ce que je fais. C’est assez intime. J’ai le masque de la langue, mais il me fallait un autre masque. Mais bon comme tu le vois, je suis à visage découvert ce qui ne m’empêche pas de parler. C’est autre chose pour chanter, je serais très intimidé de le faire. Au moins, quand je suis masqué, je sais que c’est impressionnant, quand je fixe quelqu’un. J’en ai déjà joué de ce truc! On ne sait pas ce que je pense.

LMC : Quel est le rapport entre « Cascadeur » et votre musique ?

Cascadeur : Il provient de mon enfance, et d’une réflexion autour de l’anonymat, et de l’identité. Le fait d’être une doublure. Quand tu penses à tout ça, cascadeur arrive assez vite. C’est assez lié a ce que je faisais, car j’étais à la limite. Un parcours accidenté et sage, j’ai connu intérieurement des zones de fragilités qui m’ont appris pas mal de choses, je me sentais angoissé de réussir à être ce que j’espérais être.

LMC : Et Vous avez réussi à être ce que vous espériez ?

Cascadeur : Je ne sais pas, je me sens assez proche de ce que j’espère être. Après, c’est sans fin, j’aurai toujours une angoisse, mais elle agit peut être comme un moteur.
Je me sens plus en paix maintenant qu’il y a 6/7 ans. J’avais une sorte de trouille, le traque n’est pas tellement de se dire que tu vas arriver sur scène, et que des gens t’attendent. Le traque c’est surtout de se dire que tu vas arriver dans un endroit ou personne ne t’attend !

LMC : A contrario, le succès ne vous fait-il pas peur ?

Cascadeur : Je suis à l’abri là-dessus. Ce que je fais, on ne peut pas prédire, mais je n’ai pas l’impression de venir au vedettariat pur. Pour moi, il y a une estime de ce que je fais. C’est ça qui est chouette, ce fait que les gens estiment ce que je fais, comprennent ma démarche. Il voit bien que ce n’est pas du dédain, de la prétention que d’être masqué. Ils voient que si je le fais, c’est pour des raisons essentiels. On verra, après c’est un mystère, à la sorti de mon album je ne savais pas du tout comment ça se passerait. Le succès du premier album est relatif comparé à d’autres, mais ça me semble à la mesure. Le label, j’ai l’impression, voulait un truc très grand. Moi je le voyais plus comme ce qui arrive, ce qui est déjà très bien. L’essentiel, c’est qu’on puisse tous continuer. Que le label, le tourneur, les éditeurs soient contents de travailler avec moi. Qu’on continue de travailler ensemble.
Ce qui compte pour moi, c’est de continuer.

LMC : D’autres projets prévus ?

Cascadeur : Beaucoup, mais par la musique je fais déjà beaucoup de choses. Textes, mise en scène, image, j’essaye de toujours être à l’affut. Je regarde des matchs de foot ! (rires) J’espère être hyper fidèle à l’enfant que j’étais, et je crois que j’aime toujours a peu près les mêmes choses. C’est ça qui est important pour moi. Non pas la ligne droite, mais ce respect de trajet intérieur. J’ai pas l’impression d’avoir vendu mon âme mais d’être moi même, être heureux même si c’est pas toujours facile. En tout cas c’est magnifique ce qu’il se passe, comme ce soir, d’avoir des personnes qui vibrent autant, d’avoir des gens qui se marrent avec toi. Il y a 5 ou 6 mois j’étais un peu tout seul dans mon appartement, donc tout ça c’est en train de se construire, c’est quelque chose d’irréel.


Texte et photographies : Sidney Krauch
Propos recueillis par Sidney Krauch
www.myspace.com/cascadeur

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(1) Commentaire

  1. Pour ma part je trouve sympas les petites intrusions verbales, comiques, « skechesques » au coeur des concerts, car cette musique transporte vraiment, on part on ne sait où, moi, je suis complètement embarquée. Limite, oui, c’est dangereux lol ! Et en fait, ces petits sourires, ces petits traits d’humour, certes il ne faudrait pas qu’ils fassent le concert, ben j’aime beaucoup. Ça permet de se se dire, ouf je ne suis pas seule, on est tous là et on est bien !
    Alex’, moi je te suis à 100% et je te vois, f’in je t’écoute demain soir à Caen !

    Ahhh oui « la petite ado » comme vous dites, franchement, il paraît qu’elle a assuré … Cascadeur est tombé sur quelqu’un de bien … ;-)

    Amitiés …

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