Virée gazée pour un chevelu perdu
The Gaslamp Killer, album Breakthrough sorti le 14 septembre 2012

3.10.12
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Après les violons mielleux de I’m Not a Band que l’on vous a demandé de réviser la semaine dernière, passons au chapitre II. La rentrée est l’occasion de vider vos trousses et de reprendre à zéro. Les bonnes résolutions sont là, et le premier album de The Gaslamp Killer, Breakthrough, va vous donner envie de prendre des notes. Vous allez avoir cette musique en tête, comme une formule de maths qui vous obsède le matin lorsque vous beurrez votre biscotte.

Influence Hip-Hop, mélodies agaçantes et provocantes sauce West Coast, l’enfant de Gaslamp Quarter (à San Diego) au look de notre Sébastien Tellier, balaie vos premières et uniques feuilles volantes de cours à grand coup de règle sur les doigts. LMC ne vous a gardé que le meilleur de cette semaine mais ne vous loupez-pas, on ramasse les copies la semaine prochaine.

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William Benjamin Bensussen s’est bourré le crâne durant son enfance de la culture Hip-Hop de Los Angeles. Berceau de la culture du gangsta – chaîne en or – cigare Cohiba au bec, la Côte Ouest connaît un essor culturel, notamment en Hip-Hop, sans précédent dans les années 80-90. C’est à San Diego que Willy grandit et connaît ses premiers succès à 17 ans. Le musicien connaît déjà parfaitement les bases instrumentales du Rap (ses gourous : Dr. Dre, DJ Premier et même Jimi Hendrix), mais il ne compte pas en rester là musicalement. Il suit le sillage qu’avait commencé d’esquisser « Le » DJ Shadow (également californien). Héritier Hip-Hop, producteur et arrangeur pour les plus grands, DJ Shadow avait emprunté un chemin très électronique pour sa musique : l’Abstract Hip-Hop, dont il est devenu le fer de lance. Décrié et houspillé par les puristes Électro et Hip-Hop, il avait su conquérir un public en quête d’originalité musicale. The Gaslamp Killer fait donc très tôt le choix de s’immiscer dans la brèche, et il ne s’est pas trompé.
Lors de son arrivée à L.A. dans les années 2000, le jeune DJ se trouve propulsé dans l’univers déluré à souhait des soirées underground de la Cité des Anges. On note à son actif trois labels qui se souviennent de son passage : le très British Finders Keepers Records (section avant-garde), les Californiens d’Obey Records et enfin Brainfeeder (Martyn & Flying Lotus). Au niveau de sa production musicale à partir du rayonnement qu’il commence à connaître à Los Angeles, on retient quelques EP : It’s a Rocky Road (2007), All Killer (2009) ou encore les collaborations fructueuses avec Free My Robots ou le très en vogue Flying Lotus. Tous ces singles ont en commun une visibilité croissante au niveau international et un caractère incontournable qui commence à coller à la peau de The Gaslamp Killer. Tout cela se retrouve confirmé par l’éclatant Breakthrough qu’il sort en septembre 2012. Premier album… couronné de succès… Great job dude.
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Parlons un peu de sa musique. La structure musicale de The Gaslamp Killer se caractérise principalement par une trame Hip-Hop prépondérante. Des samples aiguisés de musique apparemment douce qui explosent par les jaillissements de basse. On ressent vraiment cette ambiance underground qui est propre au Rap West Coast, vous savez cette expérimentation sensorielle qui impose à votre tête de virevolter langoureusement mais sûrement de haut en bas. Vous vous croyez le roi du pétrole en écoutant cette catégorie de son qui fait naître une émotion indescriptible. On se prend à rêver de gros Hummer qui déambule entre les palmiers plantés sur les avenues californiennes, imbibé de Jack Da’, à 4h du matin. Néanmoins, The Gaslamp Killer ne s’arrête pas là. Il arrive par un habile procédé, qu’il tient de son mentor spirituel DJ Shadow, à exporter cet univers ghetto dans un cadre raffiné : les featuring doux, harmonieux, sont tous réussis et s’interposent intelligemment dans cet univers de violence. Que ce soit avec Daedelus ou Amir Yaghmai, on perçoit nettement cette construction nébuleuse qui se place au dessus de cet univers Hip-Hop californien, sans le mépriser, elle le survole, l’observe et continue d’apprendre. The Gaslamp Killer donne l’impression tout comme DJ Shadow d’être perpétuellement dans une phase d’apprentissage de compréhension musicale. L’album Breakthrough sonne ainsi comme un cheminement analytique qui vogue entre divers ports d’attache : le Hip-Hop bien évidemment, l’Abstract de DJ Shadow, l’Electronica plutôt penché vers l’électro-acoustique, et parfois un amerrissage dans les eaux Rock Psyché tout en se perdant des rivages de musique traditionnelle turque ou africaine.


Site officiel : http://www.thegaslampkiller.com
Label Finder Keepers Records : http://www.finderskeepersrecords.com
Label Obey : http://www.obeygiant.com/headlines/obey-records-radio
Label Brainfeeder : http://www.brainfeedersite.com


Texte : Thibaut Vandershooten