Housse de Racket sort le petit jeu
Concert d'Housse de Racket, le lundi 30 avril 2012 au Ninkasi Kao

9.05.12
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Lundi dernier, le duo Pop français le plus en vogue du moment a fait étape à Lyon à l’occasion de sa gigantesque tournée mondiale commencée en juillet dernier. Un concert organisé par Touche Française à l’image de leur dernier album : ambivalent et décevant.

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Quitte à mettre les choses au clair d’entrée, autant ne pas tergiverser : pour cette fois, ce sera non à la métaphore filée. Car à dire vrai, piocher dans le champ lexical de la balle jaune pour causer d’Housse de Racket, c’est faire preuve d’autant d’originalité qu’une victoire de Raphaël Nadal sur terre battue. Ou qu’une défaite de Paul-Henry Mathieu au cinquième set, pour les plus avertis.

Les portes du chaos à peine franchies, confirmation est faite qu’on ne s’est pas trompé d’endroit : sur un hexagone surdimensionné surplombant l’arrière de la scène, le groupe affiche fièrement son pseudonyme. Il y a peu matière à douter que ce choix géométrique résulte moins du hasard que d’une volonté du duo de faire référence à sa « touche française », bien souvent considérée comme un certain label de qualité musicale de l’autre côté de l’Atlantique.

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Une fois n’est toutefois pas coutume, le Ninkasi donne l’impression de se remplir à vitesse « petit v » : le balcon du Kao restera fermé pour ce soir. Il est 21h et les quatre Lyonnais de Paranoid Pop entrent dans l’arène. Composé d’un bassiste, de deux claviéristes et d’un chanteur, le jeune groupe délivre le temps de six titres une Pop électronique à la fois puérile et surannée. Sur une instru en forme de beat Disco inspirée des pires années 1980, la voix criarde du leader vient régulièrement irriter nos tympans à la manière d’un Philippe Katerine en pleine envolée lyrique. A l’instar de sa chanson titrée « Summerlove », le quatuor enchaîne ses compositions destinées à une cible plus jeune que la moyenne de ce public visiblement peu réceptif à l’énergie dégagée par le Boys Band. Vainqueur il y a deux ans d’un tremplin organisé par le label lyonnais Honey Pie Records (crée par l’un des membres de Fake Oddity), le groupe a encore de beaux progrès à faire pour réussir à passer le cap d’une première partie…

A cette première demi-heure introductive en succède une seconde d’attente avant l’arrivée des têtes d’affiche de la soirée. Une occasion d’aller se rafraîchir qui perd rapidement une partie de son plaisir initial : comme pour certains festivals, il faut désormais passer par la case « caisse » avant d’avoir droit d’accès au bar. La queue des assoiffés a déjà pris de l’ampleur, laissant à notre portefeuille un peu trop de temps pour cogiter sur le prix de la pinte, équivalent à celui d’un cocktail dans un bar parisien au moment de l’Happy Hour…

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Lorsqu’Housse de Racket fait irruption sur scène, on est directement frappé par la vitalité qui se dégage des premiers instants de leur live. A la façon dont Victor Le Masne frappe sur sa batterie et dont Pierre Leroux électrise sa guitare, on se sentirait même presque face à un groupe de rock dont la beauté de la musique ne passerait que par sa manière de la jouer. Oui mais voilà, Housse de Racket c’est aussi un synthé et des paroles. Et en concert comme à la maison, il se dégage de l’écoute de leur dernier album Alésia un sentiment mitigé : à des titres musicalement percutants comme Château ou Roman suivent des compositions dont l’écriture peut laisser incrédule. Sur « Les Hommes et Les Femmes », « TGV » ou encore « Aquarium », on a le sentiment que la nécessité de trouver des rimes a servi de prétexte à une succession de refrains insignifiants. Preuve à l’appui, un court extrait de la dernière chanson citée qui sera celle de leur prochain single : « dans ma baignoire je me noie, oubliez-moi, dans une piscine on me voit, regardez-moi »…

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Pour leur premier concert à Lyon depuis trois ans et leur retour en France après un mois et demi de tournée nord-américaine, le duo français ne perd pas de temps : après dix titres et un rappel d’un seul morceau, les deux artistes quittent une scène qu’ils auront occupée moins d’une heure. Pour un groupe ayant presque sept années d’existence et deux albums à son actif, un concert qui s’éternise moins longtemps qu’un match de tennis, ça laisse un public sur sa faim…

Heureusement, la soirée, elle, ne touche pas encore à sa fin. Pendant que les trois quarts du public croient quitter une salle allant refermer ses portes, les ordinateurs et tables de mixages du groupe WAEK (sous-entendu We Are Electo Kids) se mettent en place. On regrettera pour eux le manque de communication autour de leur présence qui aurait pourtant mérité qu’on s’y attarde : jusqu’à minuit, les jeunes DJs proposent un set varié et accrocheur mêlant leurs propres compositions à des remix aboutis, de Justice à Stardust en passant par Madeon. A la manière dont la poignée de rescapés s’agite sur la piste, nul doute que leur prestation en aura séduit plus d’un. Avec quelques mois de maturité et d’expérience en plus, les gamins de l’Electro ont des chances de grandir bien vite.

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Texte : Thibaut Laurent
Photographies : Esteban Wautier
www.houssederacket.com