Filastine : carnets de voyages d’un résistant moderne
Interview de Filastine, le 3 mai 2012 au Marché Gare (Lyon)

14.06.12
Filastine

C'était le mois dernier au Marché Gare, Filastine posait ses valises à Lyon pour nous faire part de ses nouvelles pérégrinations. Homme de toutes les patries, combattant de toutes les causes tant qu’il est possible d’y poser un transistor, Grey nous a accordé un court entretien juste avant de monter sur scène et de nous faire voyager avec lui.

Filastine

LMC : Salut Grey, pourrais-tu te présenter pour les lecteurs qui te découvriraient ?

Filastine : Donc je suis Filastine, je suis le propre producteur de ma musique et je travaille avec un petit réseau de collaborateurs qui s’occupent principalement des productions visuelles et graphiques, ainsi que de mes vidéos. Nous collaborons aussi avec de nombreux artistes disséminés un peu partout à travers le monde, et je suis en quelques sorte le nœud qui relie toutes ces personnes. Voilà en quelques mots ce qu’est Filastine, au sens large du terme.

LMC : Tu ne fais donc pas de vidéos toi-même ?

Filastine : En fait, je travaille avec différentes équipes selon les chansons, de même que pour les lives, ainsi que pour les clips. À vrai dire je connais plus de gens dans le montage et la vidéo que ce que je connais de gens dans la musique.

LMC : D’ailleurs, comment décrirais-tu ta musique ?

Filastine : Il y a une description que j’utilise pour les flyers et tout ce genre de trucs, qui est un peu réductrice, tel que « Transnational Bass Music », « Speak Music Without Frontiere »… Peu importe, tout ce genre de phrases qui permettent de me classer car je ne peux pas vraiment dire que j’appartiens à un style précis, ces termes permettent surtout aux personnes qui viennent t’écouter de se représenter un type de musique pour qu’il puisse te classer, te décrire, mais ce n’est pas aussi simple que cela. J’essaie de créer de l’originalité avec du matériel sonore préexistant, bien que je ne me targuerais pas de créer de la nouveauté, de l’originalité pure, j’essaie simplement d’accommoder certains sons tels qu’ils n’ont pas encore été accommodés, et d’ajouter un touche d’originalité, des idées nouvelles quand je le peux. Dire que je fais de la Bass Music est un terme trop emprunté, mais par facilité c’est la dedans que l’on me classe.

LMC : Ta musique, telle qu’on la ressent, semble pleine d’engagement, de combats. Quel serait le principal pour toi ?

Filastine : Tu sais cela dépend des saisons, des moments, des jours, mais j’ai toujours eu un véritable engagement auprès des causes écologiques, depuis que je suis enfant à vrai dire. J’ai été impliqué dans tout un tas de luttes, de meetings, de mouvements, d’occupations, j’ai lutté sous toutes les formes que vous pouvez imaginer. L’écologie est une cause qui n’est pas aussi forte chez les peuples méditerranéens, où dans cette partie du monde, les principales luttes sont sociales, qui concernent l’Humain et moins la planète, et ça me concerne d’une certaine façon. Venant de Barcelone, je me devais d’être attaché à ces mouvements sociaux, en particulier celui des Indignés, qui est un mouvement massif dont le monde entier a entendu parlé, qui a démarré en mai il y a de ça un an et qui par la suite a explosé jusqu’à donner Occupy Wall Street. Malgré la retombée, ce mouvement ne s’est pas arrêté, il est encore actif à l’instant T.

Le point fondamental de ce mouvement est l’économie, de son organisation, sa distribution, comment les êtres humains se placent  à l’intérieur… J’invite donc toute personne se sentant concernée à venir nous rejoindre ou nous aider autant que faire se peut.

LMC : Parlons un peu d’Infernal Noise Brigade, cette organisation est-elle toujours active ? 

Filastine : Non, à vrai dire il y a eu un suicide collectif… Une énorme et géniale fête suicidaire. En tant que grand (par la taille) groupe, à force de toujours vouloir aller de l’avant, nous avions fini par perdre un peu nos objectifs.

Quand tout a commencé, nous n’avions pas conscience du danger, nous étions une énorme bande incontrôlable, toujours prêts à jouer dans la rue, se taper l’incruste dans de grands événements. C’était vraiment très difficile de nous booker car nous étions quasiment impossible à contacter. Nous jouions quand cela nous prenait, selon l’événement et le nombre de gens présents sur place… Nous ne faisions pas cela pour devenir célèbre, entrer dans l’industrie du disque, nous étions totalement anonymes et incontrôlables.

On pouvait  ressentir ce sentiment au départ jusqu’à ce que nous devenions une sorte de « Big Band ». De nombreuses personnes y était impliquées, beaucoup jouaient dans des groupes parallèles, il était question que certains prennent part à Filastine jusqu’à ce que nous nous disions « C’est terminé ». Nous avons fini par une grande fête dans Seattle, où nous avons brûlé une grand cercueil, terminé sur un parking durant toute la nuit, c’était une très belle fête. Cette organisation s’est finie comme elle à commencé en 1999, une organisation mondiale qui a débuté en un immense raout dans la rue.

LMC : C’est à peu près le même principe que Sound Swarm ?

Filastine : Sound Swarm est une nouvelle idée ! Une nouvelle technique que l’on tente de développer, une fois qu’elle sera au point nous espérons que d’autres personnes pourront à leur tour l’utiliser.

L’idée est d’utiliser la puissance acoustique comme une arme, utiliser le son comme un outil pour certaines organisations, les mobilisations de masse dans les rues, comme un véritable essaim (« Swarm » en langue anglaise veut dire « Essaim », ndlr.), comme le font les abeilles.

L’idée est de créer des sons et de les diffuser à partir de cet essaim. Nous utilisons des mégaphones, des transmetteurs radio, nous synchronisons toutes les sorties audio sur 5 points différents afin de créer une explosion de son, le tout déplacé à l’aide de vélos, de caddies, ce genre de trucs.

LMC : Ça promet pour les prochaines manifestations ! Tout à l’heure, je discutais avec Ben Sharpa, tu penses quoi de sa musique ?

Filastine : C’est très curieux car je connaissais déjà Ben avant tout cet engouement autour de lui, je trouvais déjà ça vraiment cool. J’ai pu le rencontrer grâce à des contacts, des amis d’amis d’amis d’amis vivant en Afrique du Sud et j’ai pu suivre son évolution sur internet, son projet prend vraiment une très belle forme.

LMC : Tu as collaboré et collabore encore avec de nombreux artistes sur la plupart de tes albums. Comment les as-tu rencontrés ? Comment tu as su les convaincre de poser sur tes instrus ?

Filastine : Serendipity !

LMC : Quoi ?

Filastine : Serendipity, ça signifie avoir de la chance, j’ai pu rencontré ces gens grâce à des amis, en étant au bon endroit, au bon moment, rencontrer les bonnes personnes… On rencontre toujours des gens par des introductions très formelles avant que cela devienne des relations de travail, de business.

Je n’ai jamais fait de featuring avec des personnes célèbres, je ne travaille qu’avec des personnes issues du cercle de connexions ou de personnes que je connais. Elles deviennent alors des amis, prennent part à cette communauté et agissent en tant que tel.

LMC : Il y a déjà eu des artistes français si je me souviens bien…

Filastine : En tant que vocalistes oui : il y a eu Dorothy Lemoult sur Palmarès, un claviériste de Dijon à aussi posé sur Burn It… Ho et j’ai failli oublier Amélie ! (Bouard) qui a aussi posé sur le dernier (LooT), et qui m’accompagne sur scène à présent.

Je ne choisis pas vraiment la nationalité des gens avec qui je collabore, tout se passe uniquement au feeling.

LMC : Il y a des artistes français que tu écoutes, qui te plaisent en particulier ?

Filastine : J’ai beaucoup écouté (et aimé) les Frenchies de l’écurie Jarring Effects, je ne connais pas les noms mais je comptais sur toi pour me donner quelques bons tuyaux après le concert du coup.

LMC : Ce sera fait ! Merci de nous avoir accordé un peu de temps en tout cas.

Filastine : Merci à vous !