La Plume fossilisée de Totally Enormous Extinct Dinosaurs
Premier album Trouble sorti le 8 juin 2012 (Polydor)

26.06.12
Musique
TEED

Encore et toujours un nom à rallonge. Plus qu’une mode, une marque de fabrique. A l’instar de Iamamiwhoami ou Motor City Drum Ensemble, on en perdrait presque notre latin.Derrière ce pseudo, se cache un Dinosaure. Si vous vous approchez un peu plus, vous distinguerez également un Geronimo expansif. Derrière cette schizophrénie, se cache en profondeur un Ovni : un Oxfordien de 26 ans. Le premier album très attendu de Totally Enormous Extinct Dinosaurs est sorti le 8 juin dernier. Perdu entre les coiffes, les plumes et les os, TEED pourrait aisément s’imposer comme une étoile montante de l’Électro-House.

TEED

A l’origine du projet Totally Enormous Extinct Dinosaurs (finalement on aime bien les délires patronymiques des artistes) se trouve un petit British à la gueule d’ange : Orlando Higginbottom. Natif d’Oxford en Angleterre, il est devenu en quelques années l’enfant branché de la scène électronique londonienne.

Après des remixes sur les tracks grand public de Lady Gaga ou encore de Professor Green, Orlando s’attache davantage à la création de son univers. Il débute sur la scène Électro en 2009 en signant sur le label berlinois Greco-Roman (créé par Joe Goddard des Hot Chip en 2007) puis en 2012 dans l’industrie Polydor.

Son premier EP All In One Sixty Dancehalls (2009) est salué par la critique en étant quasiment investi comme l’un des espoirs de l’année. Cet égaré d’un Mardi Gras arrosé avec ses couvre-chefs exubérants et ses déguisements de Tyrannosaure intrigue donc de plus en plus. Cela faisait trois ans que les curieux et les fans attendaient le LP de l’angelot terrible d’Oxford afin de se conforter dans la trouvaille d’une perle musicale. Le 8 juin dernier, TEED a répondu présent en assénant une bonne claque innovante à son public, et aux autres.

Grossièrement, ce que l’on peut retenir de la musique chirurgicale de TEED, c’est surtout un mélimélo House et Pop. On s’explique.

A travers la tonalité des rythmes, on ressent une empreinte House ou plutôt Deep House qui contraste inévitablement avec la voix de fausset d’ Orlando. Les mélodies quant à elles appuient les aigus vocaux de l’artiste qui détonnent avec l’électricité des beats. Cette douce violence s’installe crescendo et s’impose comme le trait caractéristique de l’univers de TEED.

La surprise vient vraiment de cette fraîcheur et de cette délicatesse trouvée à travers des aubades  souvent émotives qui se couplent avec la voix d’Orlando. Se révélant ainsi d’un vice artistique obsédant lorsqu’elles sont assemblées à la puissance inattendue de la Deep House.

Et c’est là qu’on comprend l’intérêt du titre « Trouble ». C’est vrai que l’on ne sait pas forcément comment et où le classer, le petit nouveau ! Mais en même temps, en a-t-on vraiment besoin ? L’avantage avec ce genre d’artistes c’est que le fait de ne pas pouvoir le définir clairement suscite l’intérêt et force à l’attention. Toujours aux aguets, on en reste pas moins dans la nébuleuse musicale qui nous prend agréablement au dépourvu à chaque morceau. Imprévisible, Trouble nous épate et nous subjuguerait presque ! Remarquez, on en a vu d’autres…

Au niveau de la présence visuelle de l’artiste, on s’étonne du ton exotique et lointain que TEED a voulu s’octroyer. Alors voilà, peut-être devrait-il expliquer le lien entre les dinosaures et les Indiens pour qu’on y voit plus clair. Dans le clip « Garden », on le voit en vieux fossile jaillissant d’un désert ouest-américain et gesticuler entre des nuages et des géométries fluorescentes. A l’image de sa musique, Orlando a préféré créer un patchwork dissonant pour se définir visuellement. Bouleversée, égarée, embrumée, l’atmosphère de Totally Enormous Extinct Dinosaurs signe la banalisation du genre antinomique de ce qu’on pourrait qualifier de Deep-Pop.

Les meilleures preuves à vous fournir seraient encore la découverte de pistes comme Garden et Tapes & Money (sortis en EP en février et mars dernier), véritables flambeaux de cette antithèse musicale purifiante. On relèvera l’intéressant « Stronger », harmonisant une tonalité 80’s avec des échos oppressants à la Art Department ou encore l’agressivité astrale d’American Dream Part. II.

Avec cet album, le Britannique nous plonge dans un enchevêtrement musical déstabilisant. Jonglant avec le côté poussif que l’on pourrait parfois reprocher à la House, il assume la création d’un cocktail surprenant et efficace. Exhibant la sonorité effilée de son chant, Orlando nous livre toute la psychologie atypique de sa musique et de son cosmos.


Tumblr de l’artiste : http://totallyenormousextinctdinosaurs.tumblr.com/