Le messie Wu Lyf envoie la Heavy Pop
Sortie du premier album des anglais, Go Tell Fire To The Mountain

14.06.11

Après un an de bourdonnement autour d’un groupe dont l’identité est aussi floue que le sigle avec lequel il s’étiquette, les anglais de Wu Lyf sortaient le 13 juin l’euphorisant Go Tell Fire To The Mountain. Je ne pouvais rester muet devant cette symphonie pop tout droit sortie de l’ancien testament. Amen.

Wu Lyf Cover

On connaissait quelques airs du groupe anglais avec les premières notes de L Y F, première secousse d’un tremblement de terre dont personne ne connaissait l’épicentre. WU LYF comme World Unite Lucifer Youth Foundation. Certains les avaient vu en live aux Transmusicales de Rennes l’année dernière ou au Midi Festival à Hyères. Youtube nous transmettaient quelque uns de leurs concerts dans des églises. Au maximum, on pouvait choper deux ou trois mp3, qui rendaient d’un coup la library de notre ipod très attirante. Un site internet à moitié flippant nous invitait à rejoindre la Lucifer Youth Foundation, organisation que les mecs de Manchester ont construit autour d’un réglement strict. Les premiers inscrits pouvaient assister aux concerts du groupe gratuitement. Si l’on payait un peu, on recevait à la maison le disque, les lois de la fondation/secte et le foulard blanc qu’arborent fièrement le groupe sur ses vidéos. Et soudain, les Eurockéennes font confiance à un groupe n’ayant même pas sorti un seul LP en les programmant cet été. Jusque là, trop de raisons pour ne pas, ne serait-ce que s’intéresser au truc, au moins froncer les sourcils quand on entend un peu trop parler de ce nom bizarre. Une chose est sûre, on pouvait déjà à ce stade-là couronner le groupe pour leur maîtrise en buzz.

WU LYF

Que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : Wu Lyf n’a rien inventé, et on s’est pas mal concerté chez LMC pour en discuter. Mais la musique torturée du groupe laisse des séquelles à qui laisse trainer ses oreilles descendre les dénivelés de mélodies de l’album. D’emblée, Go Tel Fire To The Mountain sonne comme un opéra de pop symphonique, comme quelque chose de large et de très profond. Niveau instrumental, des guitares au reverb bodybuildé, une batterie acharnée, des rythmes militaires et un orgue omniprésent responsable du caractère religieux du truc. Mais ce qui fait que ce n’est pas juste un mélange de Two Door Cinema Club pour les guitares, des XX pour le côté atmosphérique et de Kings Of Leon pour la voix de chien enragé du chanteur, c’est justement la force qui se dégage de la voix incroyable du chanteur. Si l’on ne comprend pas exactement tout ce qu’il rage (même avec le refrain sous les yeux, cf. Dirt), les cordes vocales taillées au rasoir du chanteur messianique apportent frissons et pure intensité. On entend un mec crier à la mort, faisant flotter son mal-être sur une pop s’élevant jusqu’au cosmos. Les mélodies s’enchainent de morceau en morceau pour former un bijou de spleen, d’ode à la jeunesse aux hymnes cosmiques. Peut-être aussi un appel à la fraternité ou au moins à l’amitié avec les « Oh Oh Oh » de We Bros. Si les chansons peuvent se ressembler, victimes d’une utilisation abusive des deux accords « faciles », on s’incline devant la puissance quasi sectaire d’une mélodie ennivrante comme L Y F. En plus, cette dernière arrive à sublimer une phrase si cul-cul en la répétant avec grâce et désespoir : « I love you foreeeeeeveeer ». On retient particulièrement les titres fort Dirt, Such A Sad Puppy Dog et We Bros, pour enfin vibrer sur l’éternelle 14 Crowns For Me & Your Friends qui s’élève comme l’apothéose d’un album dont on ne se lasse pas (pour l’instant).

J’attends le booklet du CD pour les paroles, et la venue de Wu Lyf aux Eurockéennes de Belfort le vendredi 1er juillet, deux jours avant le passage très attendu d’un autre sigle lui aussi très 2011 : OFWGKTA, le crew de Tyler The Creator, pas moins torturé.