Papa, on a enfin nos Pink Floyd
Sortie de Lonerism, deuxième album de Tame Impala, le 8 octobre 2012 (Modular)

25.09.12
TameImpalaLonerism

Et j’aurais pu dire aussi nos Beat… enfin « Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ». Même pas peur. Mais comme je vous entends déjà et que rapprocher les sacro-saints de la Pop au moindre groupe d’aujourd’hui qui approcherait le Graal correspondrait grosso modo à rentrer dans Big Ben avec un A380, j’ai préféré les Pink Floyd. Pour le côté psyché, expérimental dès leurs débuts, pour avoir formé un tel groupe à 13 ans et puisque le captivant Lonerism est seulement leur deuxième disque. Et puis parce qu’on aime dire n’importe quoi sur LMC. Bon allez, Tame Impala.

TameImpalaLonerism

Depuis ce moment il y a deux ans où l’on a commandé directement d’Australie le premier EP, on a eu le temps de ne pas trop s’enflammer sur ce qu’il se passait et de bien écouter. La langue pendante d’entendre davantage de ce son grisant qui promettait la lune, avec cette mélodie prenante de « Desire Be Desire Go », j’étais fou de ce gimmick pop très John Lennon (dont j’ai cherché longtemps, de quelle chanson ils l’avaient piqué, en vain). Puis l’excellent Innerspeaker que l’on consomme jusqu’à la lie, rafraîchissement n°1 de l’été 2011. « Solitude Is Bliss » était cette chanson que petit on a écouté, rembobiné et mis en boucle 40 fois, rêvant sur les paysages déroulants pendant ces longues heures de bagnole. Entre temps, un passage aux Nuits de Fourvière en première partie des Arctic Monkeys, cette reprise live de Bonnie & Clyde, les voir jouer pieds nus, puis retrouver le groupe le plus cool du monde après une d’aprèm de plage au festival de Benicàssim. Je sens encore l’odeur de crème solaire mêlée à celle des pétards, allongés sur le goudron de la grande scène. Mais voilà, même après avoir digéré tout ça, je me reprends aujourd’hui ce même aller-retour sur les deux joues avec Lonerism. Alors que j’avais rien fait, d’abord.

TameImpalaVelo

Je n’ai pas envie de vous faire un tracklisting relou. Mais l’album commence avec des prises de risques (« Be Above It »), passe par des petits bonheurs (« Mind Mischief »), bains de jouvence (« Feels Like We Only Go Backwards ») et marches militaires perchées (« Elephant »). Le rideau final « Sun’s Coming Up » est une ballade expérimentale au piano remarquable et qui nous emmène on ne sait où. Mais on y finit les pieds chatouillés par les vagues rampantes de l’océan. Tout va bien.

TameImpalaPlage

Le style de ce deuxième album est donc toujours très pop, Kevin Parker avouant même qu’il voulait faire des tubes à la Britney (non le mec n’exagère pas du tout, il aurait même un album prêt pour Kylie Minogue, true story). Tout comme Innerspeaker, il a conçu celui-là avec le même soin chirurgical et avec autant de génie (d’égo?) en enregistrant lui-même toutes les pistes. Pour ce qui est de l’artwork, si le premier album révélait tout le talent de Leif Podhasjsky, cette photo perso du Jardin du Luxembourg à Paris, bien qu’assez flateuse pour nous autres Français, pue un peu le délire vintage Instagram (on a très peur de retrouver le vinyle comme objet déco à côté de celui d’un Velvet chez Urban Outfitters).

TameImpalaInnerspeaker

Petite explication pour les Beatles et les Pink Floyd : moins de chanson naïves grattées à la folk et une croix sur les ponts expérimentaux où tout le monde fait n’importe quoi, on est dans un schéma plus Pop et plus moderne, oui. Mais le rendu est foutrement ravageur et tout de même unique. Tame Impala va droit au but, où on les attend, certes, mais on les accueille à bras grands ouverts.

Prenez ce son sixties sous acide, ajoutez-y quelques synthés, des guitares fuzz bien serrées héritées cette fois de la vague rock des années 2000, un air de branleur-intello couplé à une coupe David Gilmour… On y est. Ca plane pour nous.

(Attention je vais maintenant faire du name dropping qui sent le vide-grenier)
Papa, tu peux donc ranger tes Yes, Pink Floyd, King Crimson et tes compiles Nuggets, voici le nouveau groupe dont on chinera les premiers pressages vinyles dans quarante ans. Avec des mecs qui se la raconteront dans les brocantes d’avoir les originaux chez eux, comme le font certains en 2012 avec des groupes comme Love, Magma ou Zappa.

Clip de « Elephant » (attention, cette vidéo fait très mal aux yeux)

TameImpalaVerts


www.tameimpala.com
Tame Impala en concert le 15 octobre au Bataclan (Paris)
Texte : Vincent Zarragoza