Puppetmastaz : Pimprenelle et Nicolas sont bien loin…
Retour en enfance en ce 19 avril à l'Epicerie Moderne pour la venue des Puppetmastaz sur les terres lyonnaises accompagné du groupe Rature en première partie

7.05.12
Puppetmastaz-10

Entre deux cartons dans le garage familial, à tenter de négocier avec votre père que oui, ce baladeur cassette et cette dictée magique vous resserviront très bientôt, ou que ce vieux torchon hideux ne doit surement pas être jeté, car les doudous, c’est sacré, même passé la vingtaine, il arrive de tomber sur des objets bien moins singulier : la peluche de mon enfance, un ourson au regard doux, un petit manteau sur le dos, un pantalon bleu, on pourrait même croire qu’il vous sourit.

Me revoilà à l’aube de mes 4 ans… Seulement voilà, nous sommes 20 ans plus tard, et mes poupées ont bien changé : looks de maquereaux, regards pervers, voix niaises et flows crasseux, la révolution des poupées était partie d’Allemagne à la fin des années 90, après un crash en plein vol, revoilà notre bande a Baader du Hip-hop, rayon poupon…

Après une conversation de 30 minutes avec une grenouille qui s’avérait en fait être une taupe, elle même continuité et connexion à un bras humain, dur de revenir à la réalité.

Il est près de 20 heures à l’Epicerie Moderne, la foule semble hétéroclite, à les voir comme ça, on dirait un peu le même public que l’on pourrait croiser à une représentation de cirque, les gamins et leurs grand parents en moins, personne d’extérieur ne pourrait croire que va se dérouler dans quelques minutes le concert d’un des groupes de Hip-Hop les plus curieux et imaginatifs de ces 10 dernières années, pas de guignol ou chaussette en guise de marionnette, je suis un peu déçu, moi qui m’attendais à voir une horde de fans prêts à renverser la race humaine à grand coup de bâton en mousse, je repasserai.

En guise d’amuse bouche, 2 personnages qui m’étaient totalement inconnus, les Lyonnais de Rature, formation curieuse à 1 seul MC bidouilleur de looper et un batteur qui en plus de maltraiter ses fûts touche aussi du clavier (on se croirait à un concert de Why ?). L’ensemble donne un résultat enragé et assez brut, Damien Grange crache fort dans le micro, Sebastien Finck frappe fort dans nos oreilles, le rendu est crade, trop crade en fait, les variations dans les boucles et les nappes deviennent de moins en moins audibles, plus le concert avance, plus les protagonistes sont excités,  gros bordel conceptuel si il se doit, la musique de Rature ressemblera au final à un gros bordel Punk. Pas forcément évident à apprécier quand on ne s’y attend pas, on n’enlèvera pas le mérite de tout donner pour faire en sorte que le public mouille un peu le maillot, au moins autant que les leurs.

Il n’a pas fallu plus de 10 minutes au ingés pour débarrasser le devant de scène, laissant apparaître sur un mur de 2 mètres de haut pour bien 5 de large l’étendard des Puppetmastaz, théâtre de leur futurs méfaits.

Dès les premières notes de « Plus Ultra Revolution », on comprend que ce spectacle de marionnettes sera bien loin de celui de notre enfance. Le Muppet Show à mangé une sacrée claque, affublées de jogging, manteaux de fourrure et lunettes triple foyers, les créatures de Berlin mettent à mal tout les clichés que l’ont pourrait avoir sur les stars du rap, sans pour autant en caricaturer le talent, Mr Maloke en maitre de cérémonie harangue la foule, Big Eye montre à tous les Jamaïcains qu’ils peuvent aller bouffer ses plumes de canard. Niveau flow, Snuggle est le lapin le plus atroce jamais vu (même tuméfié au bord d’une route), on se croirait dans le plus grand cabaret du monde sans Patrick.

Parler de la performance en soi n’aurait rien de trop passionnant, les Berlinois tournent depuis 1996, tout est rodé au millimètre, mais le plus intéressant est de voir qu’autour de leur performance Hip-Hop parfaitement maîtrisée existe un véritable jeu théâtral entre différents protagonistes récurrents, des sortes de « skits » comme il en existe sur les albums, et grâce à cela, nous apprendrons que :

  • R2D2 est le beatmaker des Puppet.
  • Il existe des Puppet du futur, représenté par les MCs en chair et en os, recouvert de déguisements dont le second degré frise l’angoisse. Il est intéressant de voir qu’a ce moment là du concert, on se rend compte que les types bougent largement moins bien que leur alter-ego en pâte à mâcher. Ce petit interlude aura aussi eu l’autre mérite de varier entre performance type « cirque » et concert de Hip-Hop comme en connaît le commun des mortels.
  • Maitre Yoda est le manager des Puppet du futur (tout va bien).
  • Une certaine Croucholina est amoureuse de R2D2, et a le physique qui sied à merveille à son prénom.
  • Michael Jackson n’est pas mort, ou plutôt vu la tronche de la marionnette son cadavre à été récupéré pour une bonne oeuvre.
  • En plus d’être manager, Yoda fait du rap.


Dans l’ensemble, le concert aura été équilibré entre découverte des sons du dernier album en live (« Innerself Respect », Mr Doubt »…) et classique que l’on ne se lasse pas d’écouter (« Midi Mighty Mo » repris en coeur, « PuppetMad » qui viendra clôturer en beauté le set)

Entre concert de Hip-Hop, numéro de cirque, spectacle de marionnettes et carnaval de Feyzin, les Puppetmastaz nous ont offert ce soir-là un spectacle complet qu’il est dommage de louper si l’occasion se présente, plongée tordue dans le crâne d’un enfant désaxé, nourri au rap de papa et aux cabarets grotesques, ces Minikeums sous opiacés n’ont pas fini de faire parler d’eux.





Photo : Julien Bourrelly
Puppetmastaz : www.puppetmastaz.com

Rature : www.myspace.com/rature1