Seth Gueko : l’interview michto
Soirée MTV Shake Ton Booty #OriginalFestival

5.04.11

Dans de le cadre du lancement de la 8ème édition du festival L’Original, MTV avait invité Seth Gueko, Sniper et Dj Cut Killer pour une soirée « Shake Ton Booty » au Life Club. A cette occasion et pour célébrer la sortie de son nouvel album, nous avons été reçus par Monsieur Seth Gueko pour parler cinéma, cuisine, croquettes pour chat, politique et bon rap. Prenez place dans le manège, et que la fête foraine commence.

LMC : Ton nouvel album s’appelle « Michto », tu peux expliquer ce que ça veut dire pour ceux qui ne parleraient pas le gitan ou qui n’auraient pas lu le Dico du Gueko ?

Seth Gueko : Ca veut dire terrible, mortel, ça tue. C’est l’équivalent en arabe de «hella », mais moi je te le dis en français, « trop bien » !

LMC : Tu l’utilises souvent du coup ?

Seth Gueko : Je l’avais déjà utilisé dans le morceau Baroudeur avec 25G.

LMC : Ya plein de gens qui se demandent ça veut dire quoi michto ?

Seth Gueko : Ouais bien sûr, c’est aussi le diminutif d’un autre mot, « michtonneuse ». Si les gens se demandent pourquoi ils utilisent ce mot-là, ça prouve bien le côté ludique de l’album, je cherche à faire rentrer les gens dans mon univers et puis c’est mortel d’apprendre des nouveaux trucs, de se pencher sur son ordinateur. A l’époque nous on avait même pas internet mon gars, pour apprendre des choses t’étais obligé d’avoir la collection Tout l’Univers. On l’avait pas mon vieux, on était obligés d’aller chez les voisins. J’aime bien la démarche d’aller rechercher ce que ça veut dire. J’ai toujours aimé quand des artistes comme Ill (X-Men), ils avaient des références à des marques de vêtements, des acteurs dans des films que je ne connaissais pas, ou des mots en des langues étrangères, parfois ils disaient des mots africains, et des années après j’ai la définition du mot, ça me repenchais sur le titre, voilà j’ai envie de recréer cette chose-là que j’avais aimé dans le peu-ra.

LMC : Est-ce que tu penses que les gens maintenant ils vont plus chercher la définition ?

Seth Gueko : Ouais c’est bien ils apprennent des nouveaux trucs, c’est une manière de faire du ludique. C’est bien d’apprendre des nouveaux trucs.

sethGueko-02

LMC : Si tu pouvais mettre une patate de forain à une personnalité politique, ça serait qui et pourquoi ?

Seth Gueko : A Marine Le Pen, c’est un peu simple mais bon elle essaye de continuer le travail de son père.

LMC : C’était ma question d’après : un petit mot à Marine Le Pen ?

Seth Gueko : Shalom Salam Salut ! (rires)

LMC : Tu penses qu’elle va comprendre l’expression ?

Seth Gueko : Ca va pas lui parler elle. La paix ça sort de son cul.

LMC : Elle ira pas chercher sur internet ce que ça veut dire ?

Seth Gueko : Pour elle, paix, ça s’écrit « pet ». Moi, je l’écris « paix ».

LMC : Si demain tu dois partir trois mois avec une caravane, t’emmènerais qui ?

Seth Gueko : Mon fils, Martinez mon producteur, qui a fait l’instru’ d’Emile Louis Vuitton, que j’ai rencontré dans un pays étranger, et qu’un peu à l’image de ce que tu as dis je l’ai ramené en France pour qu’il vienne faire la tournée avec moi et être mon backer, faire mes prods sur place sur mesure, c’est comme si je l’avais pris dans ma caravane, de loin, pour l’emmener chez moi. Si je fais le chemin inverse, je l’ammène. Vincent, mon manager, c’est mon ordinateur portable, mon cordon ombilical avec le monde extérieur, c’est Google quoi. Mon Dj, comme ça il animerait toutes mes soirées, Dj Marc. Et une petite thaïlandaise.
Je préfère plutôt l’idée du camping-car ma bonne couille, le concept du deux-en-un, tout aménagé, avec plus d’espace.

LMC : Dans « Shalom Salam Salut » tu dédicaces plein de gens, il y a une raison particulière à ceux que tu as choisis ?

Seth Gueko : La liste est longue, on pouvait pas mettre tout le monde, j’ai essayé de globaliser.

LMC : Ta mère elle s’appelle vraiment Michelle ?

Seth Gueko : Ouais, c’est la mère Michelle ! Elle a pas perdu son chat, elle a perdu son pit, et il est là devant toi ! (rires)

LMC : Avec André-Pierre Gignac, vous vous connaissez bien ?

Seth Gueko : Nan c’est une rencontre rapport à l’esprit gitan tu vois, c’était à un moment donné le meilleur buteur de la saison, moi je l’étais aussi et je le suis encore, je dis ça je déconne. Il était attaquant, la punchline c’est une manière d’attaquer, on a quelques points communs.

LMC : Tout à l’heure on a parlé un peu de banlieue parisienne devant le Life, tu as donc grandis à Saint-Ouen l’Aumône dans le 95, les mecs de Sniper présents ce soir viennent de Deuil-la-Barre dans le 95 également, je voulais savoir si vous aviez trainés ensemble au centre commercial des 3 Fontaines à Cergy-Pontoise (95) ?

Seth Gueko : (Rires) Les 3 Fontaines, j’y ai trainé très jeune, après j’ai décroché du centre commercial, et on s’est rencontré par la suite. De toute façon c’est des artistes du 9.5, on est rallié par le département.

LMC : Banlieue Ouest ?

Seth Gueko : Nan, nous on appelle ça la Banlieue Nord de Paris. C’est Paris Nord quoi ! Le train gris Pontoise-Paris Nord, c’est le même train. On aurait pu se croiser dans le wagon de service pendant qu’Aketo il faisait un tag puisqu’il est graffeur aussi.

LMC : J’ai lu dans des interviews que tu étais fan de Jacques Mesrine, tu as d’ailleurs fait une track « Les fils de Jacques Mess », tu as aimé les deux films avec Vincent Cassel ?

Seth Gueko : Ouais mortel, franchement au top, j’ai eu un peu peur au début, mais voilà le film m’a rassuré, donc parfois les a priori faut se les carrer au cul !

LMC : T’es plutôt Sheitan ou Dikkenek ?

Seth Gueko : Dikkenek, ouais j’ai préféré, j’aime bien l’esprit belge.

LMC : T’es pas trop Kourtrajmé ?

Seth Gueko : Ils sont fort aussi mais sur Sheitan c’est pas la meilleure rèf.

LMC : Dog Pound alors ?

Seth Gueko : Ouais j’aime bien Adam Butcher.

LMC : Question cuisine maintenant : tu préfères manger un kebab salade/tomates/oignons ou un gigot d’agneau comme Jacques Mesrine ?

Seth Gueko : Un gigot d’agneau, j’aime bien la bonne bouffe, et mon argent j’aime bien le dépenser au restaurant. Ma définition du bonheur c’est de pouvoir manger ce dont tu as envie au moment où tu en as envie.

LMC : Cuisine française ou étrangère ?

Seth Gueko : Toutes confondues, mais la gastronomie française est particulièrement bonne. Grasse, mais bonne.

LMC : T’as une punchline qui dit « dédicace aux provinciaux qui trempent leur spliff dans le vin chaud ». Alors ça a quel goût ?

Seth Gueko : Je ne fume pas moi.

LMC : Et « les capotes goût Whiskas », on peut les acheter où ?

Seth Gueko : Tu la fabriques toi-même.

LMC : C’est quoi la recette magique ?

Seth Gueko : Tu trempes ta bite dans le Whiskas ou dans le Sheba ! (rires) C’est une magnifique manière de dire « je t’aime » ! Comme dans la pub : « Sheba, une manière de dire je t’aime ». Attention ça griffe.

LMC : Seth Guek / Thug Sex, ça fait une anagramme, c’est plutôt bien trouvé, tu es fort en orthographe, mais as-tu déjà pensé à jouer à Des Chiffres et Des Lettres ?

Seth Gueko : En tout cas j’y jouais beaucoup, la seule discipline où j’étais fort à l’école c’était le français, j’avais surpris le prof en disant que je connaissais la définition du mot « néologie ». Il y en a qui inventent des mots, moi je fais pareil, comme avec Bistouflex. Sur Facebook, on me reproche beaucoup d’écrire avec l’écriture intuitive, de faire des fautes. Moi je cultive le côté gitan, donc reprocher de faire des fautes à un gitan, c’est quand même un peu naze. Je suis pas le petit-fils de Bernard Pivot, nique sa grammaire les fautes d’ortho’ !

LMC : Zdedededex ça veut dire quoi ?

Seth Gueko : Et bah avale une kalash, pète, et tu le sauras ! (rires)

LMC : Dans une vidéo où tu vides tes poches à Planète Rap sur Skyrock tu dis que tu as souvent un briquet sur toi pour allumer les filles, est-ce qu’aujourd’hui tu en as un pour foutre le feu au Life ?

Seth Gueko : Ouais, ça va de soi, je suis là pour ça, c’est une manière de représenter l’album, mais je te cache pas qu’à chaque fois que je dois faire une scène j’ai toujours la pression, j’ai peur de mal faire. Mais je connais un peu Lyon, ils rugissent de plaisir, donc c’est bon.

LMC : Tu peux nous raconter ta collaboration avec Booba ?

Seth Gueko : Il donne pas sa confiance à tout le monde, quand il la donne un peu à quelqu’un il l’entretient, on s’est souvent au téléphone, on parle de tout et de rien, c’est bien on parle pas que de musique. C’est un bon punchliner, même quand il rappe pas il en fait, c’est toujours un plaisir d’écouter un punchliner.

LMC : Si l’Elysée t’invite cet été à sa Garden Party, tu y vas avec quel rappeur ?

Seth Gueko : J’y vais surtout avec un jet d’eau parce que ça a pris feu ! (rires)

LMC : Tes punchlines tu les tapes sur un téléphone ou sur un bloc-notes à l’ancienne ?

Seth Gueko : Je les marque sur un téléphone mais j’ai toujours l’amour du stylo. Je trouve des meilleures techniques en les écrivant, c’est bizarre. Visionner et dessiner les lettres, ça fait comme une fusion, je ne peux pas t’expliquer. C’est l’outil de travail du rappeur. Je note sur un téléphone mais je peaufine sur le papier. Pour rapper un texte en cabine j’arrive pas avec un téléphone à la main en tout cas. J’aime bien rapper avec une feuille, ou tout avoir en tête.

LMC : Pour revenir à l’origine de ton blaze Seth Gueko, ça vient du personnage interprété par Georges Clooney dans « Une nuit en enfer » de Robert Rodriguez, alors je voulais savoir, Seth Gueko / Georges Clooney / What Else ?

Seth Gueko : Georges Clooney, ouais, la tempe grisonnante, il tient le calibre avec de la classe, puis j’aime bien quand ça part en couilles. C’est super sérieux au début, comme à l’image de mon rap, puis ça peut prendre un côté complètement fou. Un Seth Gueko ça se regarde comme un bon film d’horreur.

LMC : Tu en as pensé quoi du film Snatch avec Brad Pitt ?

Seth Gueko : Tout le film est mortel ! Guy Ritchie que j’affectionne tout particulièrement, j’aime bien « Arnaques, crimes et botanique », j’aime bien sa manière de filmer, de faire intervenir plein de personnages à l’image de peu-ra. Plein de monde différent qui se retrouve à l’instant T. J’ai une gueule sortie d’un Emir Kusturica ou d’un Guy Ritchie.

LMC : On va partir vite fait aux Etats-Unis, y a-t-il un rappeur que tu apprécies plus que les autres ?

Seth Gueko : Ouais, Lil Wayne, il a tout, le swag, la dégaine ! Il est atypique, le personnage. J’aime bien sa manière d’aborder la musique, son côté « à l’aise ».

LMC : L’expulsion des Roms l’été dernier, ça t’inspires quoi ?

Seth Gueko : Ca m’a inspiré de faire le premier CD-Rom ! (rires)

L’interview se termine par un check avec toute son équipe, Dj Marc et Martinez.

sethGueko-01