Turn on the charm
Troy Von Balthazar à l'Epicerie Moderne

3.11.10
troy01-blog

L’Epicerie Moderne à Feyzin -qui souffle au passage cinq bougies- accueillait hier soir la grandeur d’un homme qui nous vient de loin.

Troy Bruno Von Balthazar, c’est l’histoire d’un homme qui a traversé des routes uniques sans toujours avoir mis sa ceinture quand il le fallait. Décollant de son Hawaï natal pour les USA dans le but d’écrire là-bas les premiers chapitres de Chokebore, quatuor grunge dark énervé qui introduit pendant deux ans les derniers concerts de Nirvana – les plus avertis diront que c’était le groupe préféré de Kurt Cobain. Dix ans de concerts, l’Europe, Berlin, un album enregistré en France, Los Angeles, la Californie, la route. Et puis terminus, tout le monde descend. Nouvelle page blanche pour Troy, tout seul cette fois et qui nous sort son deuxième maxi How To Live On Nothing chez Third Side Records. Comment vivre de rien: masterclass par TVB.

La nouvelle configuration de scène en rupture avec celle d’avant, Troy se présente maintenant augmenté d’un batteur et soutenu par la basse d’une chanteuse venue de Valence pour jouer avec lui. On apprécie la profondeur que le trio apporte sur l’ennivrant Communicate, la couleur mise sur Dogs et le dialogue animant le charmant Dots & Hearts.

 

Deux chansons et Troy de nous demander si l’on veut écouter une chanson qui parle de sa bite. Le monsieur est bizarre mais tout le monde semble se marrer. Un peu plus tard, il demande à sa co-pilote de lui rappeler l’air de la chanson suivante. Il s’en rappelait plus. Sérieusement. Le gars est d’une autre planète et on se sent gracié d’avoir pu passé un moment avec lui là-bas.

Heroic Little Sisters, chopé du premier album, nous montre son habilité à utiliser une beatbox comme charnière à une rythmique folk. Troy bidouille ses machines brillamment, au service de la joie de nos oreilles dilatées.

Assis en tailleur sur un côté de la scène, le poste de radio sur l’épaule. On se laisse emmener dans les profondeurs du Tunnel at the end of the light qu’il creuse dans la torturée The Tigers dont il nous révèle l’atmosphère en agitant les boules d’un instrument venu d’ailleurs.

Hésitant entre « the drinking song » et « the suicide song », il opte finalement pour la seconde, Happiness And Joy. Nous électrifiant d’un « No more fun for me I prophesied », il nous balancera à la fin que c’était la chanson la plus joyeuse qu’il avait sur le sujet. D’accord. « I see sunshine, I got seasons, I’ve done evils, I got reasons ». La candeur mêlée à la révolte, on ressort de la chanson secoué. On souffle à peine quand il nous en remet un coup avec l’ennivrante Communicate. Entre deux chansons, Troy nous raconte qu’il les écrivait lors des années où il vivait seul dans sa caisse à Los Angeles. Transition sur le très mélodieux Catt qui ouvre le nouvel album, puis Troy nous raccompagne jusqu’à la sortie d’une promenade folk sublime. Frissons, rideau.

Cat Power le comparait récemment à Dylan jeune; on ose le rapprocher du grand Jeff Buckley, pour certaines raisons difficiles à exprimer. On pense à la même intensité à laquelle il accède, tout seul avec sa télécaster, au charisme inné, à la personne attachante. Il n’est également pas envisageable de parler de lui sans mentionner l’immense Elliott Smith et de deviner le passé hanté lié à la disparition tragique de son ancien ami, en 2003, l’année même de la fin de Chokebore. Coïncidence, n’est-ce pas.

How to live on nothing, que l’on prolongerait d’un…and make something beautiful of it, ressemble à la soundtrack parfaite des soirées où tu blues. Lunaire et intemporel, c’est dans les bacs bébé.

 

Parigots, il sera au Point Ephémère demain soir, jeudi 4 novembre.

De rien.

www.troyvonbalthazar.net

www.epiceriemoderne.com

How to live on nothing (Third Side Records) sorti le 13 septembre 2010.

Ecouter l’album sur Spotify.