Un feu d’artifice, pour quoi faire ?
Rodrigo y Gabriela aux Nuits de Fourvière, le 14 juillet 2012

24.07.12

Toujours authentique, toujours latino, toujours influencée par le Rock et le Jazz, la musique de Rodrigo y Gabriela a pris un vrai virage artistique : pour la première fois le duo effectue une tournée accompagné d’autres artistes. Les voilà maintenant entourés de musiciens cubains. Au Grand Théâtre de Fourvière, nous avons ainsi savouré la fête nationale dans une ambiance orchestrale très énergique.

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Rodrigo y Gabriela se sont fait connaître par la richesse et la simplicité de leur musique : deux guitares acoustiques sans voix, ni batterie, ni effets musicaux. Quelque part, ces deux anciens métalleux ont réinventé les règles de la guitare acoustique notamment par la manière dont Gabriela utilise la caisse de sa guitare pour jouer des percussions à la Andy Mckee. Ainsi, leurs titres dégagent une énergie aux rythmes puissants amplifiés par les solos de Rodrigo qui nous emmène en Amérique latine sans grand effort.

La présence d’un orchestre sur la scène du Grand Théâtre de Fourvière a donc dérouté plus d’un fan le soir du 14 juillet. Pourquoi rajouter des musiciens au duo quand leur absence constitue la force des deux artistes ? La question s’est posée quelques minutes, puis… On a compris.

Certes l’orchestre, composé de membres du collectif C.U.B.A, fait perdre le côté « jubilatoire » d’une musique à deux guitares, mais la magie s’opère toujours. On sort du Rock à dominante Flamenco qui caractérise Rodrigo y Gabriela pour replonger dans leurs origines Métalleuses, le tout sans surcharge auditive.

Au Grand Théâtre, le groupe n’a pas attendu avant d’offrir leur titre phare « Hunuman» (tiré de l’album 11 :11) à ses fans. Au début réticente à cette idée d’orchestre, j’ai été vite captivée par la reprise du morceau qui gagne en ampleur. C’est plaisant et diablement entraînant ! Le talent des musiciens cubains est palpable : un batteur, un saxophoniste, un trompettiste, un claviériste et un bassiste. C’est beaucoup, mais pas trop. Et quand chacun de ces musiciens se lance dans un solo tout en impro, comment résister au charme du spectacle ? J’ai toujours un faible pour les batteurs, cette fois-ci je suis tombée amoureuse. Non seulement il joue de manière exceptionnelle mais ses mains se substituent régulièrement à ses baguettes pour faire des percussions sur ce que je pense être des Djembés. Gros coup de coeur également pour le bassiste qui nous surprend avec son solo accompagné par lui même en Beatbox.
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Le show n’aurait pas eu le même impact sans la sauterelle nommée Gabriela. Elle s’agite d’un bout à l’autre de la scène et joue de la guitare en sautant sur place. Je ne sais quelle est sa drogue mais c’est violent ! Son énergie est telle qu’on aurait presque envie de l’arrêter et de lui dire « respire Cocotte ! », mais non, on préfère l’observer et nous réjouir de son enthousiasme. Derrière elle, les musiciens communiquent entre eux, rigolent, s’amusent du public. Un public d’une rare qualité qui a joué son rôle idéalement. Les applaudissements ont suivi le rythme de la musique pendant deux heures, tantôt en un groupe unit, tantôt en deux groupes qui se renvoient les battements l’un après l’autre. La fosse s’est également agitée sans mouvements dérangeants et les gradins ne se sont jamais endormis : nous étions une seule et même entité prenant son pied devant un spectacle jouissif.
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Ajoutez à cela le son parfait du Grand Théâtre. Au moment où notre duo préféré se retrouve seul sur scène, on touche la perfection. On savourera les vieux titres des deux virtuoses avec grand plaisir avant que l’orchestre ne les rejoigne à nouveau pour la dernière partie du concert. Durant cette dernière Rodrigo jouera notamment en Lap Steel Slide : c’est à dire en utilisant un Bottleneck la guitare posée sur les cuisses, une manière non conventionnelle mais particulièrement mélodieuse de jouer de la guitare.

Puis, les derniers morceaux sont annoncés. Les gradins se mettent debout et c’est sous des applaudissements constants que se finira ce concert, le feu d’artifice en prime pour magnifier le tout. Belle image à la hauteur d’un show que je ne risque pas d’oublier.

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Texte : Mélodie Bos
Photographies : Loll Willems
Nuits de Fourvière : http://www.nuitsdefourviere.com/
Rodrigo y Gabriela : http://www.rodgab.fr/