Un Papa du Dubstep était à l’œuvre
Premier live de Benga en France, le 24 mai 2012 au Ninkasi Kao

3.06.12
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De l’aveu même de ses protagonistes, il est impossible de donner une définition correcte du Dubstep. La seule caractéristique du genre commune à tous ses producteurs vient des basses fréquences ou « sub-bass », c’est la seule chose fixe. De cette base, chaque musicien choisit son terrain de jeu, son tempo favori, ses influences, ses références, etc. Ce qui rend le genre presque impossible à définir et place ses artistes dans une espèce de fourre-tout où se côtoient petits rigolos connus par effet de mode et purs génies désintéressés de l’idée de succès de masse. Pour moi, Benga fait clairement partie de cette deuxième catégorie.

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Arrivés au Kao pour la fin du set de Junior, c’est avec étonnement que nous nous dirigeons vers la scène en traversant une (toute) petite foule. Pour le premier live de Benga en France, c’est une déception. Même la renommée d’un des plus anciens acteurs du mouvement Dubstep n’aura pas eu son effet ce soir. Les Nuits Sonores ont-elles achevé (le porte-monnaie) les oreilles des Lyonnais ? Le concert de Justice demain a-t-il obstrué toute visibilité des autres scènes ? Beaucoup d’hypothèses seront émises en attendant l’arrivée de la tête d’affiche. Cette attente permettra tout de même à la salle de se remplir d’un public peu compact mais impatient, gratifiant le Kao de cette ambiance particulière des concerts intimes.

Lorsque Benga fait son entrée sur scène, on est tout de suite touché par son grand sourire rassurant. Son attitude nous montre qu’une salle peu remplie n’influera en rien son humeur et sa musique. On apprécie l’humilité du Londonien alors qu’il nous présente Youngman, l’animateur du set, et enchaîne avec son morceau : Smack Your Bitch Up, intro incontournable de l’artiste.

Cette track pleine de mini-drops fonctionne avec des changements d’intensité très bien gérés, parfait moyen pour laisser l’énergie du public exploser dès le début du show. Un départ dans les profondeurs, aux portes du mystique, qui ne suffit pas à ceux venus voir un maître nous balader dans un univers à façonner soi-même. Mais la suite attendue arrive déjà. A partir de ce moment, dire que je planais est un euphémisme. Car l’artiste sait de quoi il parle quand il fait du Dubstep. Les sons clairs dégagés par son synthé donnent du poids à sa musique dont les basses fréquences dégagent une pure énergie, presque physique. On se retrouve à la racine du genre. Seul Youngman, le « vocal assistant » de Benga, nous relie à la réalité. Une présence complètement inutile à mon goût mais qui a le mérite de nous avoir fait cracher nos poumons en l’espace d’une petite heure, le tout sans interrompre notre vadrouille personnelle. Un voyage au pays des explosions colorées, perdu dans un monde entre l’underground des basses et l’envol des aigus. A chaque note de synthé, une détonation. Les bombes de sons provoquent des explosions flashy tandis que la caisse claire fait vibrer les éclats. On se laisserait perdre sans la moindre hésitation.
Nous reconnaîtrons quelques mélodies de Magnetic Man, groupe composé des fameux Skream, Artwork et Benga. Les connaisseurs sont ravis. Toutefois, ces mélodies ne sont qu’évocatrices du groupe pour la simple raison que la plupart des morceaux joué par Benga sont neufs et inédits, tirés de son nouvel album Chapter 2 (août 2012). Quand vînt enfin la track phare de cet album : « I Will Never Change », Benga met toute sa technique à l’œuvre et allie avec un parfait équilibre de brefs silences et des effets sonores uniques.

A l’instar de ce clip en stop-motion, le morceau fera tomber le public dans une atmosphère hypnotique dont nous ne sortirons qu’à la fin du spectacle, avec l’arrivée de la chanteuse Marlene Strand. Celle-ci conclura le show en duo avec Benga. Une façon de revenir en douceur de notre voyage et d’apprécier une voix forte et enthousiaste avant le retour, difficile, à la réalité.

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